Afrique [exclu] Mathieu Dossevi : « Le jour où les joueurs ne penseront qu’au foot, on fera un grand pas au Togo »

dossmat

Au Togo, après l’élimination des Eperviers dans les qualifications du Mondial 2018, l’heure est déjà au bilan. Serge Akakpo s’est confondu dans des excuses pour les supporters ce lundi. Son coéquipier Mathieu Dossevi tire les enseignements de la débâcle et se projette sur le futur.

Dans un entretien à nous accordé depuis l’hôtel à Kampala, le milieu de terrain du Standard de Liège lance de nouveau un SOS pour une amélioration des conditions des Eperviers. Lecture. 

Le Togo a été sorti des éliminatoires de la Coupe du monde 2018 par l’Ouganda en deux matchs où les Eperviers n’ont que rarement existé. Comment l’expliquez-vous ?

Y a une certaine forme de logique qui a été respectée je dirai. Il y a une équipe qui a préparé du mieux possible ces 2 rencontres, des dirigeants qui ont tout fait pour mettre leur équipe dans les meilleurs dispositions possibles pour aborder ces 2 rencontres, et une équipe qui a été laissée à l’abandon comme bien souvent, et qui est venue sans aucune préparation. Le foot de haut niveau, c’est une succession de détails, de préparation, autant technique, tactique que psychologique. Aucun de ces points n’a été présent, donc forcément ça se traduit sur le terrain comme tout le monde a pu le voir.

Vous mettez beaucoup l’accent sur la préparation et les dirigeants. Quelle est la part de responsabilité des joueurs ?

Moi je tiens à féliciter les joueurs, qui essayent malgré tout ce qu’il y a autour, de jouer, de se motiver pour venir, à chaque fois, défendre les couleurs du Togo. Malheureusement, ce qu’on nous demande, ce sont des miracles. Les moyens mis à notre disposition pour extraire le meilleur de cette équipe sont minimes. Nos dirigeants ne comprennent pas que les autres pays avancent,  se développent pendant que nous on stagne, voire régresse. Je m’explique.

Pendant que nos dirigeants se tournaient les pouces, les dirigeants ougandais ont débloqué des fonds, et se sont organisés pour avoir des matchs amicaux pendant la dernière trêve internationale, afin de préparer au mieux ces 2 rencontres. Afin de solidifier encore un peu plus l’esprit de groupe… Pendant ce temps, nous étions chacun dans nos clubs à attendre inexorablement un match ou un regroupement qui n’est pas venu…faute de moyens… Le Togo était la seule équipe à ne pas jouer.

Pendant que nos dirigeants se tournaient les pouces, les dirigeants ougandais se sont empressés de prendre en 1er leur date pour le match retour. Laissant peu de choix aux Togolais pour le match aller. Et ainsi, tout le monde a cautionné qu’on puisse venir jouer un match de ce niveau, moins de 48 heures après notre arrivée. Donc on serait arrivé le lundi, tous fatigués du voyage, et de nos matchs le dimanche, on se serait entrainé mardi et hop match mercredi, tout ça dans la joie et la bonne humeur, et pour tous nos dirigeants, ca semble correct. Il a fallu que nous les joueurs, qu’on fasse une lettre écrite pour que ça puisse faire « bouger un peu les choses ». Alors que toutes les trêves internationales se déroulent toujours pareil…regroupement le lundi dans les pays respectifs, match le vendredi, samedi ou dimanche (ce qui laisse la semaine pour se préparer) et deuxième match le mardi ou le mercredi qui suit.

Pendant que nos dirigeants se tournaient les pouces, les Ougandais débloquaient encore des moyens pour affréter un vol privé pour venir et faire rentrer l’équipe directement après le match à Lomé. Nos dirigeants trouvent tout à fait correct de nous infliger un vol de 15h avec escale, 24h après notre 1er match et à seulement 24h du prochain. Encore une fois, il a fallu que nous les joueurs haussions le ton et que certains, à bout de force de toute cette ingérence, renoncent à venir (ndlr : les frères Ayité et Alaixys Romao ont refusé de faire le déplacement), pour que nos dirigeants nous trouvent enfin un vol privé le vendredi matin à 10h.

Je crois qu’on doit être la seule équipe nationale au monde à s’entrainer avec des équipements achetés dans la rue, et à jouer en match officiel avec une autre marque. Tout ça, parce qu’on arrive toujours pas avoir de contrat avec un équipementier. Nous, le Togo, qui avons fait une Coupe du monde et de multiples CAN. Donc, oui, tout ça, ce ne sont que des détails et nous les joueurs allons encore et toujours continuer de travailler et d’assumer nos défaites et nos lacunes…Mais je félicite tous ces joueurs encore et encore, car personne et vraiment personne ne nous aide.

A côté de tous ses problèmes, comment vit le groupe Eperviers ?

C’est difficile mais on essaye toujours de se motiver entre nous. Ce groupe n’a ni de joie, ni de bonheur. C’est la seule chose qui nous manque : de la joie de vivre ensemble. Car personne ne nous donne l’occasion d’en avoir. On se voit rarement, et on nous prive du peu de temps qu’on pourrait avoir pour construire une vraie cohésion, un vrai état d’esprit. La dernière fois qu’on s’était vu c’était au Djibouti début septembre. Et là on a à peine eu le temps de se retrouver, qu’on a dû se plonger dans la compétition directement. Ce n’est jamais évident et ça s’est traduit sur le terrain.

Sur ces deux derniers matchs, on a aussi beaucoup parlé de coaching. Tom Saintfiet a t-il été à la hauteur ?

Il a sa responsabilité également, car il aurait dû prendre position, lui, son staff et les personnes qui l’entourent pour nous mettre dans de meilleures dispositions. Ne rien faire pour moi, c’est cautionner. Etre coach et accepter tout ça, ce n’est pas normal… Tu es coach, dirigeants, membres du staff, tu dois prendre position pour défendre fermement ton équipe nationale. A la place de cela, rien n’a été fait, donc il en est également responsable. Tu es coach, et on te donne 2 jours pour préparer 2 matchs de qualification de Coupe du monde et tu ne dis rien ?? Ce n’est pas normal. Encore une fois, sans notre lettre, les dates auraient été celles initiales, c’est à dire match mercredi et samedi. Je n’’ai entendu personne à part les joueurs contester fermement toutes ses ingérences. Donc, oui ils sont également responsables de cet échec.

togoteam

Avant de fermez la page des éliminatoires du Mondial, comment l’épisode des frères Ayité et Romao a été vécu dans le groupe ?

On est forcement tous déçu car on aurait voulu qu’ils restent avec nous, ils sont des joueurs majeurs de notre sélection. Mais d’un autre coté, comment leur en vouloir après tout ce que je vous ai cité plus haut. Moi je viens tout juste d’arriver, je suis encore frais, pour essayer d’affronter toutes ces péripéties, mais je comprends qu’après 8 ou 9 ans de sélection, tu puisses être lassé de tout ça. Et surtout à quel prix ?

Serge Akakpo s’est blessé au match retour ; vous ne pensez pas que Jonathan, Floyd et Alex (Romao) ne se disent pas qu’ils ont eu raison ? Peut-être que ça aurait été eux. Donc, personne n’est d’accord avec leur attitude, mais personnellement, je ne peux pas leur en vouloir…

Désormais, les regards sont tournés vers les éliminatoires de la CAN 2017. Le Togo est premier de son groupe et a une double confrontation décisive avec la Tunisie en mars 2016. Avec le visage affiché cette semaine, comment entrevoyez-vous ces rencontres ?

Encore une fois, on va tous essayer de faire de notre mieux, on va essayer de penser à ce qui n’a pas été sur le terrain entre nous, il faudra avoir encore plus de détermination et on verra ce qui arrivera ensuite. On a une génération talentueuse, ça serait dommage de tout louper donc j’espère que tout le monde va en prendre conscience et revenir en mars avec toute la motivation possible.

D’ici là, qu’espérez-vous voir changer dans l’environnement de l’équipe nationale ?

J’ai envie de dire, qu’on nous donne les moyens de pouvoir faire avancer cette équipe correctement. On ne demande pas le luxe, mais uniquement des choses qui devraient être normales et ne pas se contenter du strict minimum en espérant que le talent des joueurs fasse le reste. Par exemple, on n’a pas gagné un seul match contre l’Ouganda, donc aucune prime de victoire. Une partie de cet argent pourrait être utilisée pour rénover Kegué ou du moins l’entretenir, pour qu’il soit bien en mars. Ce sont des choses toutes bêtes mais qui semble tellement folles, rien que d’y penser au Togo.

Ensuite, avoir enfin un contrat avec un équipementier. N’importe quel équipementier, mais on veut juste un équipementier, avec des tailles normales pour chaque joueur. Depuis que je suis en sélection, je n’ai jamais joué en match officiel avec un maillot à ma taille. C’est vraiment con comme truc mais tellement révélateur de notre mentalité. Tout se fait au strict minimum.

Le jour où les joueurs arriveront en sélection et ne penseront qu’au foot et non à l’extra sportif, on fera un grand pas au Togo. C’est ce qu’ont compris depuis peu les autres nations et qu’on a toujours pas intégré. Et quand on voit les résultats de ses qualifications, on voit qu’ils ne sont pas dans le faux.

Tous ces problèmes et les résultats médiocres de la sélection ont anéanti les supporters. Quel message à leur endroit ?

Que je comprends leur frustration et leur déception. Ils attendent beaucoup de nous et on a du mal à leur donner cette satisfaction en retour. Malheureusement, les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles ne le paraissent pour nous, mais malgré tout, on continuera, chaque joueur quel qu’il soit, à se battre pour honorer du mieux possible les couleurs et les valeurs togolaises.

 

Publié par Steven LAVON pour Africa Top Sports

Rédacteur en chef à Africa Top Sports. Premier portail sportif Africain. http://www.africatopsports.com

Un commentaire

  1. C’est tout simplement ce qui se passe lorsqu’on a des abruties à la tête d’un pays!!! De vrai moins que rien qui se font appeler excellence… Vraiment sa fait pitié de voir ce riche Togo perdre sa valeur comme sa. Le pays à des moyens et je pèse mes mots quand le parle de moyen,ils prennent tout l’argent pour subvenir à leur besoin perso ses fils de putes!!!Oui ses fils de pute nous en avons marre d’eux car nous Togolais voulons aussi sauter de joie pour notre équipe national….

Comments are closed.