Afrique Football des jeunes : Les malheurs du Cameroun continuent

L'équipe nationale Espoirs du Cameroun

Le bulletin de santé des sélections de jeunes affiche un bilan négatif. Elles sont rentrées bredouilles des récentes compétitions internationales auxquelles elles ont pris part. Alors que leurs préparations respectives avaient été bien planifiées, les équipes nationale minimes,cadettes, juniors et espoirs du Cameroun n’ont pas pu ramener les trophées que chacune d’elles avait déjà gagnés au moins une fois ou qui étaient à leur portée. Sont principalement mis en cause la détection et l’organisation même du football jeune.

Echec. Voilà le mot qui résume les récentes performances des sélections de football de jeunes du Cameroun. Presque toutes n’ont pas connu le parcours royal que l’on en attendait- il faut dire que la victoire de l’équipe nationale fanion au Gabon en février avait boosté l’enthousiasme des fans de foot du pays de Roger Milla-. Minimes, cadets, juniors et les espoirs dans une moindre mesure ont produit des performances qui laissent les supporters sur leur faim. Ce sont les moins de 20 ans qui ont entamé la mauvaise série. Au cours de la 20ème édition de la Coupe d ‘Afrique des nations juniors qui se tient en Zambie du 26 février au 12 mars 2017, les Lionceaux, étincelants, explosifs et convaincants en qualifications ne vont pas plus loin que le premier tour. Les joueurs du sélectionneur Cyprian Ashu Besong s’inclinent dès leur première sortie devant l’Afrique du Sud (1 but contre 3). Ils reprennent espoir lors de la 2ème journée en s’imposant devant le Soudan sur le score de 4 buts à 1. Mais ce n’est qu’une illusion puisqu’ils perdent leur ultime match de poule devant le Sénégal 2-0. Ce ne sont pas que les portes des demi-finales qui se referment devant les Camerounais. Il y a aussi la qualification à la Coupe du monde de la catégorie junior qui s’annule de fait. L’une des conséquences de cette contre-performance sera le limogeage de Cyprian Ashu Besong.

Eliminations prématurées

A la 12ème édition de la Coupe d’Afrique des nations de la catégorie cadets que le Gabon accueille courant mai 2017 les jeunes camerounais se font ridiculiser d’entrée de jeu par leurs adversaires Ghanéens sur le score de 4-0. Les moins de 17 ans camerounais arrachent le nul(1-1) devant les Guinéens lors du match comptant pour la 2ème journée de la poule A. Mais leur victoire de la 3ème journée (1-0) contre le Gabon pays organisateur ne leur permet pas de poursuivre l’aventure. Ici aussi le sélectionneur va payer les pots cassés. Bertin Ebwellé va être limogé après son retour au Cameroun.

La catégorie en-dessous, celle des minimes, a sombré au 45ème tournoi international de Montaigu un mois plus tôt. Les joueurs du coach Joseph « Diallo » Siéwé se font laminer en match d’ouverture par les petits Français 7-1. Leur seconde sortie est plus heureuse. Elle se solde par une victoire (2-0) devant la Chine. Les Lionceaux replongent face aux Brésiliens qui les pulvérisent 5-0 en match de classement. Ils perdront encore contre le Mexique 1 but contre 3. Cette défaite oblige les U15 camerounais à se classer en fin de compte 8èmes sur 12.Un rang peu honorable pour une équipe dont le pays a remporté ce tournoi à plusieurs reprises dans le passé.

L’équipe nationale espoirs est la seule à avoir franchi le cap du premier tour. Aux 4èmes Jeux de la Solidarité islamique disputés à Bakou en Azerbaïdjan du 12 au 22 mai 2017, elle s’est arrêtée en demi-finale. Les observateurs auraient cependant aimé voir les poulains des anciens internationaux camerounais Emmanuel Maboang Kessack et Richard Towa remporter la médaille d’or. Ils estiment que les adversaires n’étaient pas des foudres de guerre raison pour laquelle une « grande » nation de football comme le Cameroun champion olympique en l’an 2000 n’aurait dû en faire qu’une bouchée. Outre l’Algérie, le Maroc et l’Arabie Saoudite, les autres sélections qui ont croisé le fer avec les Lions espoirs sont l’Azerbaïdjan et le sultanat d’Oman, tombeur du Cameroun en demi-finale…

Une organisation à revoir

Ces résultats négatifs trahissent les efforts fournis cette fois-ci pour obtenir des résultats probants. Les différentes sélections sont entrées dans la préparation longtemps avant les échéances attendues (éliminatoires, phases finales). Pour les cadets et juniors par exemple, les regroupements ont duré des mois entiers. Le groupe des espoirs a effectué des mises au vert ponctuée de matches amicaux à l’étranger et sur le territoire national. Ce mode de fonctionnement des sélections nationales tranchait avec les anciennes habitudes marquées par l’improvisation. Pourtant, de l’avis de certains techniciens ce n’était pas suffisant pour prétendre à des résultats étincelants.

Théophile Feunkou ancien entraîneur de l’Union sportive de Douala qui a longtemps formé les jeunes de ce club mythique du Cameroun est de ceux-là. Pour lui, quelques mois de préparation ne suffisent pas. « Vous allez rencontrer des gens qui se préparent depuis l’âge de 8 ans. Vous ne pouvez pas prendre un enfant à 16 ans, vous le préparez 3 mois et pensez qu’il va rivaliser avec un enfant que l’on prépare depuis l’âge de huit ans. Ce n’est pas possible !Quand celui-ci atteint l’âge de 16 ans il a déjà 8 ans de préparation dans les jambes ». Selon le technicien, la politique de formation des jeunes footballeurs est aussi en cause.

Il pointe l’absence de suivi qui entraîne la naissance de générations spontanées au sein des sélections. Pour lui, il aurait fallu organiser le football à la base comme cela se fait dans d’autres pays. « Je peux citer l’Allemagne où quand un joueur part de la catégorie minimes on le voit venir jusqu’en sélection A. Chez nous il y a de la rupture dans le suivi. Le joueur quel’on voit briller chez les Cadets n’est pas vu chez les juniors par exemple », illustre-t-il souhaitant « que la fédération y pense ». Sinon, prévient-il, « on aura toujours des problèmes dans ce sens ».

Retrouver le goût des succès passés

Mais il ne suffit pas de créer des centres de formation et de les remplir de joueurs. Il faut aussi les évaluer en leur faisant livrer des matches de façon régulière. Ce qui manque aux jeunes footballeurs camerounais depuis plusieurs années. Les compétitions scolaires sont ce qui tient lieu d’épreuves d’évaluation pour les jeunes passionnés de foot. Quelques tournois organisés ici et là par des particuliers permettent aux centres spécialisés d’assurer un semblant de compétitivité à leurs pensionnaires.

Le coach Feunku pense aussi que la détection efficiente des talents peut aider à juguler la pénurie des résultats dont souffrent les sélections de jeunes au Cameroun. Il invite la direction technique nationale à fouiner un peu partout, à se déployer véritablement sur le terrain. « La Dtn doit pouvoir contrôler tout cela. C’est pour cela que dans une région comme le Littoral par exemple, vous devez avoir un entraîneur régional, un entraîneur départemental.Dans chaque département ou arrondissement, il devrait y avoir un responsable technique.C’est cela le rôle de la direction technique nationale. Elle devrait aller chercher des jeunes talents jusque dans les quartiers », propose-t-il. Un vaste chantier pour un football de jeunes qui cherche à retrouver ses lettres de noblesse, ses titres, sa gloire d’antan.

La belle épopée débute en 1995. Le Cameroun conduit par l’étincelant Augustine Simo remporte la Coupe d’Afrique des nations junior après avoir défait en demi-finale le pays organisateur le Nigeria. C’est l’actuel directeur technique national Jean Manga Onguéné qui était l’entraîneur. En l’an 2000, les moins de 23 ans, emmenés par Samuel Eto’o Fils et Patrick Mboma remportent la médaille d‘or olympique à Sidney en Australie. Trois ans plus tard ce sont les cadets portés par Stéphane Mbia, Landry Nguemo et Alexandre Song sont sacrés champions qui triomphent lors de la CAN qu’accueille le Swaziland. Et ce n’est pas tout ! Les Espoirs n’ont eu de cesse de collectionner les médailles d’or aux Jeux Africains. Ils arrachent le métal doré en 1991 au Caire, en 1999 à Johannesburg, en 2003 à Abuja et en 2007 à Alger. La traversée du désert dure depuis un bon moment déjà. Jusqu’à quand les sélections de jeunes resteront dans le sommeil ?

Pierre Arnaud Ntchapda

Publié par Equipe rédaction pour Africa Top Sports

L'équipe de la rédaction d'Africa Top Sports

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