Coupe du monde Dounia Mesli fait battre le Coeur de Foot du monde !

Entretien avec Dounia Mesli, fondatrice du site Cœurs de Foot. Cette spécialiste du foot féminin se dit surprise et heureuse de l’engouement suscité par la Coupe du monde de football féminine.

Dounia Mesli, ancienne joueuse d’Hénin-Beaumont, a créé le site Cœurs de Foot en 2015 pour répondre au vide numérique qui entourait le football féminin français et elle en a fait un média référence de la discipline.

Elle a aussi lancé l’association Les Héroïnes du football pour aider les clubs à développer leur section féminine. Candidate aux européennes avec l’UDLEF (Union démocratique pour la liberté, égalité, fraternité), Dounia Mesli est une femme très engagée pour la cause du football féminin.

Rencontre avec une femme de caractère qui pose son regard, pour Midi Libre, sur les Bleues de Corinne Diacre et sur le début de cette Coupe du monde en général.

Quelle analyse faites-vous sur le début de Mondial de l’équipe de France ?

Face à la Corée du Sud, c’est une victoire logique. J’avais vu les entraînements des Coréennes et je savais qu’elles allaient être à la ramasse. Face à la Norvège, c’était certain que ça allait être moins évident. Mais les Bleues étaient au dessus. Il y a juste eu ce but contre son camp de Wendie Renard. Mais je pense que cette erreur va être salvatrice pour le groupe. Avec cette victoire à la fin, j’étais presque contente qu’elle ait fait cette bourde. Elles vont être encore plus solidaires et vigilantes.

Les Bleues montrent qu’elles sont vraiment unies et que le groupe vit bien. Je suis très contente de la liste de Corinne Diacre car elle a mis une jeune U20, Emelyne Laurent. Pour moi, c’était capital. Les filles vont la couver, lui consacrer du temps, ça allège un peu toute cette pression autour de l’équipe de France. Ce n’est pas la mascotte, la mascotte, c’est plus Viviane Asseyi. Mais j’ai été joueuse et je sais que ce genre de jeune femme amène un petit truc mentalement et psychologiquement.

Vous attendiez-vous à ce que ce début de Coupe du monde suscite autant d’enthousiasme ?

C’est beaucoup mieux que ce que j’espérais ! Au Parc des Princes, j’étais choquée parce que l’Ile-de-France, ce n’est pas une région de foot féminin. Cette ferveur m’a très agréablement surprise. J’étais heureuse. À Nice, il y avait 35 000 spectateurs, c’est magnifique. Les joueuses ont besoin de la considération des médias et des supporters. Sinon, elles n’iront nulle part.

Pensez-vous que les Bleues peuvent résister à la pression, celle d’être absolument championnes du monde pour développer le foot féminin professionnel français ?

Elles ont appris de 2015, 2016, 2017 où la considération des médias était catastrophique pour elles. Un journaliste, dont je tairais le nom, avait par exemple dit au sélectionneur de l’équipe de France de l’époque, qu’il était tombé de la dernière pluie… Il faut oser manquer de respect comme ça à un coach ! Mais il faut être juste médiatiquement avec les Bleues, pas être conciliants, sinon, on va se faire bouffer par les États-Unis en quart de finale. Même contre le Nigeria, ça va être tendu.

Êtes-vous persuadée que cette Coupe du monde en France peut tout changer pour le foot féminin ?

Je n’en étais pas persuadée, mais vu l’engouement, si les Bleues gagnent la Coupe, je pense que ça va vraiment avoir un effet très bénéfique et qu’il y aura un vrai bond en avant pour le foot féminin. De plus en plus de garçons vont aussi s’identifier à ces joueuses, car elles ont d’autres valeurs.

Si le professionnalisme explose, ne peuvent-elles pas perdre ce côté naturel qui fait leur charme ?

Non. C’est impossible car elles ne gagneront pas des millions comme les garçons. Il n’y a pas assez d’effervescence. Pour l’instant, il n’y a pas vraiment d’économie autour du foot féminin, de vrai engouement. Il faut que cela perdure sur des années. En Allemagne, elles ont gagné 8 championnats d’Europe, ça n’a pas explosé non plus.

Seriez-vous pour la parité entre filles et garçons au niveau des primes, au niveau des salaires ?

Je pense que ce sont surtout les hommes qui doivent faire des efforts. La Fifa doit dire : “Les hommes rapportent plus, mais on s’est mis en retard sur le foot féminin et il faut retrouver l’équilibre.”.Ce n’est pas la faute des joueuses ou du foot féminin s’il n’est pas encore rentable économiquement. C’est la faute des fédérations, des sélections et des clubs.

Seriez-vous pour un championnat de foot féminin géré par une Ligue professionnelle, comme la LFP pour les hommes, plutôt que par la Fédération ?

Oui, c’est exactement ça. Après, c’est sûr que le foot féminin perdrait peut-être son côté bon enfant.

DAVY GOUNEL

Source : MIDI LIBRE

Publié par Equipe rédaction pour Africa Top Sports

L'équipe de la rédaction d'Africa Top Sports

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