Dossiers ENA, chiraquie : les réseaux de Jérôme Fournel, patron de la DGFIP et faiseur de roi à Bercy

Le nouveau patron de la DGFIP, Jérôme Fournel, s’impose comme l’homme fort de Gérald Darmanin. Pour piloter les finances publiques, cet ex-conseiller, issu des cercles chiraquiens, s’appuie sur ses réseaux tissés à l’ENA et à Bercy.

Nommé en mai, Jérôme Fournel, le nouveau patron de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), prend des allures de faiseur de roi à Bercy, dans un contexte de vaste recomposition des têtes de pont du ministère. Ex-conseiller de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin, Jérôme Fournel mobilise des réseaux politiques cultivés à droite et dans la haute administration, pour mieux imprimer sa marque aux finances publiques.

Ses antennes à Bercy

En prenant la tête de la DGFIP, Jérôme Fournel a réalisé un joli coup politique en passant du cabinet du ministre du budget à la tête de cette puissante direction de Bercy. Les années passées comme simple inspecteur des finances, durant le quinquennat précédent, sont désormais derrière lui. Signe d’un retour de balancier politique à Bercy, le haut fonctionnaire n’est pas étranger à l’éviction cet été de Rodolphe Gintz, patron des douanes et ex-conseiller de François Hollande, opportunément promu à l’inspection des finances. L’ex-conseiller de Gérald Darmanin conserve d’ailleurs de nombreux relais aux douanes, administration qu’il a dirigée de 2007 à 2013 et où il avait hérité du surnom de “Coluche”. La secrétaire générale intérimaire à Bercy, Mylène Orange-Louboutin, le connaît bien à ce titre, pour avoir travaillé sous ses ordres comme DRH des 17 000 douaniers.

Enarque, Jérôme Fournel est également un proche d’Emmanuel Moulin, dircab’ de Bruno Le Maire, situé au sixième étage. Les deux hommes se fréquentent depuis une vingtaine d’années et ont partagé une expérience commune dans des institutions internationales à Washington. Cette bonne entente aurait d’ailleurs permis de dénouer plusieurs crises à Bercy. Jérôme Fournel a également connu Bruno Le Maire durant son passage à Matignon, au cabinet de Dominique de Villepin.

Au sein de la DGFIP, il est épaulé par Antoine Magnant, promu au poste d’adjoint en mai 2018, lorsque Jérôme Fournel était encore dircab’ de Gérald Darmanin. L’homme, marqué à droite, procède actuellement à quelques ajustements dans les sous-directions de la DGFIP. En charge des gros dossiers de lutte contre la fraude fiscale, Frédéric Iannucci monte en grade pour prendre la tête du pôle du contrôle fiscal. Il cherche également à pourvoir le poste de directeur de l’immobilier de l’Etat, toujours vacant depuis le départ en juillet d’Isabelle Saurat au ministère des armées.

Ses atomes crochus avec la chiraquie

En dehors de Bercy, Jérôme Fournel s’est fait les dents en politique dans les cercles chiraquiens, particulièrement lors de son passage au cabinet de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin à Matignon. Il est resté proche de Stéphane Brimont, conseiller économique, comme de l’ex-premier ministre. Ce polytechnicien issu de la DG Trésor a depuis rejoint le privé et préside le pôle France et Bénélux du géant financier Macquarie Group. Toujours au sein du pôle éco de Matignon, Jérôme Fournel côtoie plusieurs autres conseillers comme Pierre-Franck Chevet, ex-président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Jean-Marc Delion, directeur général délégué de Réseau ferré de France, et Grégoire Heuzé, aujourd’hui banquier d’affaires chez Rothschild. Il est resté proche de Michel Boyon et Augustin de Romanet, respectivement ex-président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et patron du Groupe ADP. La cheffe de cabinet d’Edouard PhilippeAnne Clerc, également rencontrée dans l’entourage de Jean-Pierre Raffarin, fait partie de ses soutiens, tout comme le dircab’ du premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas, alors chargé de la réforme de l’Etat.

Ses collègues de promo de l’ENA

Issu de la promotion 1995 à l’ENA, Jérôme Fournel entre en relation avec des collègues qui feront également carrière au sein de la chiraquie. C’est le cas d’Emmanuelle Mignon, ex-dircab’ de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, aujourd’hui associée au cabinet August Debouzy. Il sera également en contact avec Bertrand Badré – ex-conseiller Afrique de Jacques Chirac – qui s’est tourné vers le secteur bancaire, ainsi qu’Anne-Gabrielle Heilbronner, secrétaire générale du groupe Publicis, passée par les cabinets d’Eric Woerth puis de Philippe Douste-Blazy au Quai d’Orsay.


Louis Cabanes

Source : LA LETTRE A