Afrique [exclu] Sebastien Migne : les raisons de son départ de Guinée équatoriale

Arrivé en novembre dernier, Sebastien Migne quitte déjà la Guinée équatoriale. Avec la fédération, un accord a été trouvé pour ne pas prolonger l’aventure.

Dans cette interview exclusive, il revient sur son passage au pays du Nzalang, son aventure au Kenya et les objectifs futurs.

C’est déjà la fin de votre aventure en Guinée équatoriale 8 mois après votre arrivée. Qu’est ce qui s’est passé ?

Effectivement, c’est la fin. La Covid 19 a accéléré la situation. Ma famille est actuellement bloquée au Kenya et je ne les ai pas vu depuis plusieurs mois. Ma priorité est de les retrouver, moi je suis en France et on ne sait pas quand les frontières vont réouvrir. Revenir en Guinée équatoriale et faire une quatorzaine c’est compliqué. Quand aux matchs internationaux, on est dans l’expectative la plus totale. On peut penser que d’ici mars 2021 il n’y aura pas de matchs internationaux concernant les sélections nationales donc ça parait compliqué pour moi de rester tout ce temps en absence de compétitions et de défis sportifs. Aussi pour une fédération africaine de payer un entraineur expatrié à ne rien faire. Le mieux était d’arrêter notre collaboration comme pouvait le permettre le contrat qu’on avait signé.

Au delà de la situation sanitaire et des explications, pensiez-vous vraiment réussir là-bas ?

Je suis naturellemment optimiste et on espère toujours renverser des montagnes. C’est ce que j’avais réussi à faire au Kenya. Après quand tu as des sélections intermédiaires comme celle-ci, on réussit pas à tous les coups. C’est plus facile quand tu as des cylindrées type Ghana, Cameroun, Côte d’ivoire, etc. Mais il y a un potentiel, une base de joueurs assez intéressante. Encore faut-il pouvoir bien travailler avec. C’était compliqué car même si je vivais en Guinée équatoriale, je n’ai pu que travailler sur Malabo. Je n’ai pas eu la possibilité d’aller sur Bata alors que j’avais fait un plan. Et aussi aller voir des joueurs en Espagne. A partir de là, c’était compliqué de faire quelque chose de bien. Avec des nations comme ça si on veut faire quelque chose de bien, il faut bosser plus que les autres. Après si les instances dirigeants prennent conscience du potentiel, il y a quelque chose à faire avec une base de joueurs intéressante avec pas mal de joueurs binationaux.

Quels sont d’après vous les forces du football équato-guinéen. Et les faiblesses ?
C’est un football atypique en Afrique qui a une forte influence espagnole. On ressent ça jusque dans les entrainements des équipes locales pour ce que j’ai pu observer. Il y a une culture en essayant de jouer au sol, ce qui n’est pas forcément en coréllation avec le foot africain. Encore faut-il avoir les terrains mais c’est une de leurs forces. Une culture du jeu de possession quo’n ne retrouve pas partout sur le continent. Il y a aussi un côté latin aussi, pas mal de vices donc difficile à jouer pour les adversaires. On retrouve ça avec le profil de la Libye. Sur les faiblesses, à mon goût, trop de joueurs d’origine espagnole dans l’équipe. ça manquait un petit peu de fibre africaine et donc d’adaptation. C’était d’ailleurs un de mes objectifs: réafricaniser l’équipe comme ce que j’ai toujours fait avec Claude Le Roy ou encore avec le Kenya. D’ailleurs ce qui nous a permis de nous qualifier où la moitié de l’équipe évoluait sur les terres africaines. Il manque aussi d’un leader emblématique même s’il y a Pedro Obiang. Des mecs genre Wanyama au Kenya, Djene ou avant Adebayor avec le Togo. Il faut toujours des leaders pour propulser l’équipe vers le haut.

Avec deux défaites dans les éliminatoires de la CAN 2021, le Nzalang peut tirer un trait sur le Cameroun?

Pour préciser, je suis arrivé une semaine avant les matchs contre la Tanzanie et la Tunisie. Du coup, la liste, je l’avais pas composé. Il a fallu en 3 jours composer une équipe sachant les difficultés de ralliement. Donc il faut relativiser ces deux défaites que jendosse bien évidemment. Maintenant pour aller au Cameroun, il faudra ne pas se rater sur la double-confrontation contre la Libye. Il faut essayer d’avoir au moins 4 points voire 6. Après, ils vont recevoir a Tanzanie qui est à leur portée. C’est encore possible. La qualification est encore envisageable.

Avant la Guinée équatoriale, vous avez quitté le Kenya que vous avez emmené en CAN après plusieurs années d’absence. Que gardez-vous de ce passage ?

Formidable aventure. Après 15 ans, on a été de retour à la CAN, remplir le stade national pour la première fois. Des victoires épiques contre un top 5 africain le Ghana, une victoire contre l’Ethiopie. Et une CAN avec une première victoire historique sur un match à enjeu contre la Tanzanie qui était le seul match qu’on pouvait gagner. Le Sénégal et l’Algérie étaient au-dessus. Il nous manquait plus d’expérience pour rivaliser. Mais malgré tout tout, un formidable souvenir. Dans tous les cas, une aventure formatrice dans ma carrière ma carrière d’entraineur.

Depuis vous réclamez des salaires impayés. Qu’en est-il concrètement?

Il ne s’agit pas de salaires impayés. Mais d’un accord quand on s’est séparé puisqu’il me restait 2 ans de contrat. On avait conclu un accord qui a pris du retard. C’est en process. Et si ça venait à ne pas être régularisé fin juin, on verra. Mais je me veux positif. Je pense bien avoir servi le football kenyan en contribuant beaucoup. J’ose espérer qu’ils seront corrects jusqu’au bout. Il y a du retard mais ça arrive souvent en Afrique. L’urgence est de retrouver au plus vite ma famille.

Avec la Guinée équatoriale, c’était votre 3è job comme sélectionneur principal. Quel bilan faites-vous ? Le métier commence à rentrer ?

On va dire que le métier commence par rentrer. Trois aventures différentes. Un pays anglophone, francophone et hispanophone. Je me suis enrichi culturellement. J’ai une palette étendue sur le continent. J’ai régulièrement Bifouma au téléphone, Pedro Obiang aussi. Des pays et des mentalités différentes.

Désormais libre de tout contrat, c’est quoi les prochains objectifs ?

On espère toujours un bon projet. Je me pose la question aussi de retrouver une équipe au quotidien. C’est un prochain défi qui pourrait me plaire. Depuis Strasbourg et Lens, je n’ai pas eu de clubs entre les mains. Quand je vois ce qui est possible de faire avec le Kenya en ayant les joueurs sur un cycle de 4-5 jours avant les matchs, j’aimerais bien savoir ce qui est possible de faire en les ayant au quotidien. ça me manque alors si je trouve un beau défi sur un beau club en Afrique, c’est quelque chose qui pourrait me plaire. Même si concernant les sélections je suis ouvert à tout. Mais il faudrait que ce soit une belle sélection et être capable, cette fois, pas seulement de se qualifier pour la phase finale mais de challenger pour une vitoire à la CAN.

Pour les contacts, il y en a un tout petit peu. Le Covid ralentit tout en ce moment. Mais on verra. Avec l’expérience, on s’affole moins. On verra le projet qui va plaire.

Publié par Steven LAVON pour Africa Top Sports

Rédacteur en chef à Africa Top Sports. Premier portail sportif Africain. http://www.africatopsports.com