Afrique La Chronique de Yves de Fréau : Maroc et Mali, deux formations, pour clôturer le bal du CHAN

De Freau




Surréaliste ! Cette Afrique du football qui vit sa vie autrement. Une vie que lui envie le reste du monde.

Surréaliste ! Plus de 20 mille personnes, entassées volontairement dans l’enceinte de Limbe Omnisport Stadium, pour assister à une demi-finale du Championnat d’Afrique des Nations. En cette période pandémique relative à la Covid-19, qui continue de détruire des vies humaines, tout en imposant ses règles à tous les continents, ce qui constitue le reste du monde, pourrait penser que ce pays d’Afrique, le Cameroun, est une Nation de fous.

Avant ces mouvements de foule, constatés à Limbe, ville située au sud-ouest du Cameroun, c’est celle de Douala au centre, dont le stade (Japoma), accueillait dans les mêmes circonstances, le même événement : une demi-finale du CHAN, entre la Guinée et le Mali. Et ce, à partir de 15h. Un derby de l’Afrique de l’ouest fermé qui n’a pas fait de place à la moindre ouverture du score, durant les 120 minutes, réglementaires et de prolongation. Alors, c’est lorsque le crépuscule a fini de faire valoir ses belles couleurs d’un soleil doré et fatigué, qui s’apprêtait à faire son lit qu’est tombé le verdict : le Mali venait de se qualifier pour la finale du CHAN 2020, en triomphant de la Guinée aux tirs au but (0-0, 5-4).

C’est comme, c’était écrit qu’il suffisait de faire de beaux discours d’avant match pour disputer une finale du Championnat d’Afrique des Nations. Sur le sujet, on peut bien admettre que le coach des Aigles, Nouhoun Diané, savait ce qu’il disait la veille de sa confrontation avec son homologue guinéen Kanfory Lappé Bangoura : « C’est un grand match. Mais on est en demi-finale, et nos ambitions, c’est de jouer la finale. La Guinée a une bonne équipe, mais nous allons exploiter leur point faible ». Plongeant dans le déroulement du match, ni le Sily National ni les Aigles ne se sont concédé nul point à exploiter. Au point que les 90 minutes du temps réglementaire, encore plus, les prolongations qui ont suivi, n’ont pu les départager. Et la chose, la plus surréaliste, c’est que le malheur de la Guinée est venu de son meilleur acteur, Morlaye Sylla.

Surréaliste ! Le portier malien Djigui Diarra, qui en plus de détourner un vicieux coup franc du meneur de jeu et buteur guinéen, en début de seconde mi-temps, arrête son tir au but. Le 5e de l’Eléphant guinéen, qui se voit amputé définitivement de l’un de ses pieds. Et un éléphant unijambiste, il fallait l’imaginer ! Morlaye Sylla qui a connu la brillante lumière, en se faisant sacré trois fois, homme du match durant cette compétition, aura ainsi croisé son bourreau en la personne de Djigui Diarra : gardien de but sobre et efficace que l’Afrique apprend à affectionner. Un exemple vivant de ces derniers remparts africains que le destin a triché par la taille (1,73 m),  et compensé par un immense talent. Un sens d’anticipation incomparable et une sobriété débordante, ajoutés à une détente tout aussi surprenante qu’efficace. Le 5e tir au but guinéen annihilé, restera dans l’esprit collectif du peuple malien, comme un témoignage éternel d’un acte de bravoure digne d’un héro national.

Surréaliste ! Le Cameroun qui se fait corriger, 4-0 par le Maroc, on s’y attendait un peu. Mais, sous réserve que c’est sur la terre des Roger Milla, Thomas Nkono, Joseph Antoine Bell et autres Grégoire Arantes Mbida… que le CHAN se joue. Ces gens-là, ont de la hauteur. Et jamais, ils ne pourraient laisser passer une telle humiliation contre leur pays et dans leur pays ! Mais où sont passés l’orgueil et la dignité camerounais, cette nuit-là ? Et puis, d’où viennent-ils ces Lions de l’Atlas, pour se permettre de faire aussi mal à d’autres Lions, connus pour être…Indomptables ?

Le football, on le sait, est un jeu. Un jeu, oui, mais qui a aussi ses règles. Et quelques jours avant le douloureux échec du Cameroun devant le Maroc (0-4), c’est une Afrique indignée qui a suivi le sélectionneur congolais Florent Ibengue se plaindre ainsi : Le point négatif que je retiens de ce CHAN, c’est ce qu’on a vécu ici et ce n’est pas une messe qu’on a fait. Je parle de mon cas personnel : on m’a fait prendre des médicaments, alors que je n’étais pas malade. Je ne souffrais pas de Covid, on m’a déclaré atteint de Covid, et ça, ce n’était pas normal. En plus, je ne suis pas le seul, toute notre délégation a subi ça, j’ai des joueurs qui n’ont pas pu jouer parce que déclarés ainsi. Ce n’est pas bien du tout, c’est à la limite, criminel et ce n’est pas normal. Il va falloir qu’on nous dise, parce qu’on est dans le football. Le football, c’est la joie, c’est l’amitié et la fraternité; ce n’est pas de tuer les gens.

On peut donc dire que, loin d’une simple demi-finale à l’issue de laquelle les Lions Indomptables ont été domptés, 4 buts contre rien par les Lions de l’Atlas, c’est plutôt d’une punition dont il est véritablement question. Le titre, « Le Maroc humilie l’hôte Camerounais et rejoint le Mali en finale » de la Rédaction d’Afrik Foot.com en dit presque tout sur l’état d’esprit qui anime en fin de compétition, la presse présente sur les lieux. Tout semblait cuit, déjà à la pause avec l’avantage assez rassurant des Marocains (2-0). Illustration des réalisations du défenseur central Bouftini (29e) et de l’attaquant Rahimi (40e). Une partie de leur contrat, ainsi rempli, on peut choisir certains morceaux pour assurer la fin de notre Chronique :

« Les Camerounais donnaient l’impression de vouloir réagir en seconde période, mais cela restait beaucoup trop brouillon pour espérer un retour. Surtout, Etame condamnait définitivement les siens en adressant une passe en retrait suicidaire exploitée par l’inévitable Rahimi, auteur d’un doublé (3-0, 74e). Bemammer poussait même le calice jusqu’à la lie pour le pays-hôte en coupant un centre au second poteau pour enfoncer le clou (4-0, 83e). Si les Camerounais risquent d’avoir la gueule de bois demain matin, les Marocains, eux, peuvent plus que jamais rêver d’un second sacre consécutif ». L’enseignement tiré de l’élimination du Cameroun, nous est venu finalement d’une réaction d’un journaliste togolais, du nom de Grégoire Attignon qui estime que, « Quand on veut tricher dans une compétition, c’est ce qui arrive. Les Camerounais sont bien dans la sauce ».

 


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