Afrique [Exclu] Coubadja Kader : « Il faut au Togo un coach qui a beaucoup d’expériences »

Jacques PEKEMSI




Coubadja Kader suit de loin l’actualité sportive de son pays. Unique buteur du Togo à la seule participation des Éperviers à la Coupe du monde (2006), l’ancien attaquant met depuis quelques années ses connaissances et son expérience au service du FC Sochaux, au niveau de la formation des jeunes.

L’ancien Epervier nous a accordés une interview exclusive dans laquelle il commente l’actualité de la sélection nationale du Togo, la démission de Claude Le Roy et le profil type du futur sélectionneur.

Africa Top Sports : Le Togo n’était pas à la Coupe d’Afrique des Nations 2019, Il ne sera pas non plus à la CAN 2022; votre avis sur les récentes prestations des Éperviers.

Coubadja Kader : Cette deuxième absence est un indicateur qui confirme une fois encore, un manquement au niveau du sélectionneur. Si vous voulez mon avis sur les récentes prestations des Éperviers, c’est plus que mauvais. Et encore je suis gentil. Ce qui m’intrigue le plus, c’est le contexte dans lequel on n’arrive pas à se qualifier. A 8 pays participants, le Togo était présent, à 16 et à 18 également. Mais si à 24, on n’y arrive pas, c’est qu’il y a un dysfonctionnement.

Quelle lecture faites-vous de la démission du sélectionneur Claude Le Roy ?

Moi je n’appelle pas ça une démission, je dirai plutôt un recul. A l’entendre dire qu’il ne s’occupera plus de la sélection nationale mais qu’il restera Président de l’Association Graines du Togo, il cherchera d’une manière ou d’une autre à impacter le football togolais. D’où mon mot recul et non une démission.

Le Togo a lancé un appel à candidature pour un nouveau sélectionneur. Quel doit être selon vous, le profil idéal ?

Il ne faut pas se tromper, on est déjà très en retard et rattrapé par d’autres nations. Il nous faut un coach qui a beaucoup d’expériences, un formateur afin d’apporter sa touche également en ce qui concerne les catégories inférieures. Un coach qui connait le football togolais et africain, un coach qui reste droit dans ses bottes et surtout un coach qui a une éthique.

Pensez-vous qu’il est temps de privilégier un Togolais à la tête des Eperviers ?

J’étais étonné que la FTF n’ait pas donné une chance à Abalo Dosseh pour terminer sur cet élan afin de voir ce que cela va donner. Vu qu’il est sur place cela fait des années. Avec l’équipe nationale locale, il a fait de belles choses avec le peu de moyens qu’il avait. Je ne vais pas aller plus loin sur ce sujet, ce n’est que mon avis.

L’heure de privilégier un local à la tête de la sélection ? Pourquoi pas ? S’il rentre dans toutes les cases surtout un coach du football moderne. Mais ce n’est pas le moment de servir de levier d’un début de carrière d’un coach inexpérimenté au profit d’intérêts personnels. Il y a beaucoup de pays africains qui ont à leur tête des sélectionneurs locaux, c’est une tendance. Je donnerai l’exemple du Sénégal avec mon ami Aliou Cissé avec qui j’échange régulièrement. Un coach local oui, mais compétent avec une bonne éthique.

Dans le choix, il faudra être objectif et logique pour gagner du temps sur notre retard. Tout le monde prétend être l’homme de la situation, nombreux sont ceux qui sont devenus agents des coaches et la légitimité est lésée. On ne devient pas un coach national en brûlant les étapes ou en passant par une visibilité médiatique. Prenons l’exemple de Zidane. Pour devenir coach, il a longtemps été adjoint.

Quel a été, à votre époque, le sélectionneur qui vous a marqué ?

Il y a deux noms qui me viennent automatiquement en tête. Le premier c’est Gottlieb Göller, pour sa rigueur, la discipline et surtout pour son travail pour relever le niveau athlétique des joueurs. Il a su révolutionner les conditions d’un joueur de l’équipe nationale. A son époque, il nous arrivait de jouer des matchs à 7 contre 11 face à de très bonnes équipes. Et souvent on sortait vainqueurs avec 2, 3 buts de différence. Avec du recul vous constaterez que presque tous les joueurs qui ont eu la chance de croiser sa route ont duré dans le métier.

Le deuxième c’est Stephen Keshi. Je n’ai jamais vu un coach plus proche de ses joueurs que ce grand monsieur. Il m’a offert un cadeau qu’aucun coach ne m’a jamais donné, la Coupe du Monde. C’est l’apogée du foot. C’est un coach qui a beaucoup fait pour le Togo. Il nous a qualifiés avec la manière. Vous imaginez, on était dans une poule avec 6 grands pays, pourtant on est sortis premiers de ce groupe.

Après votre carrière de joueur, vous restez dans l’univers du football. Quelle est votre actualité ?

Avant le covid mon occupation c’était beaucoup plus la détection dans plusieurs pays africains. Le Nigéria, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire. Mais avec cette situation sanitaire qui a beaucoup chamboulé les programmes, je suis encore Coach à FC Sochaux. Je m’occupe spécifiquement des attaquants pour les catégories inférieures, dès fois pour la réserve. J’ai également intégré la cellule de recrutement de l’équipe première.


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