Afrique Jean-Willy Ngoma, The Self made man portrait

Isidore AKOUETE

Journaliste à Africa Top Sports Premier portail sportif Africain https://www.africatopsports.com




Chaque personne a un destin bien tracé, celui de Jean-Willy Ngoma était de se faire seul, quitte à ne pas faire l’unanimité. Au cours d’un entretien très intimiste, le jeune agent sportif originaire du Congo, nous a livré une part de sa vie, de son parcours, ainsi que de ses aspirations.

Taiseux mais plutôt sûr de lui, Jean-Willy Ngoma a toujours eu cette forte volonté de briller, tout en faisant briller ceux avec qui il travaille, mais qui est donc cet homme qui n’a pas cessé de faire parler de lui ces cinq dernières années ? Issu d’une famille non aisée, Jean-Willy débarque en Belgique avec sa famille à l’âge de 7 ans, dans l’espérance de construire une vie meilleure, loin des difficultés de Kinshasa. Il est élevé par sa mère -divorcée de son père très tôt- qui par la suite tombe malade. C’est donc à ce moment précis que le jeune Jean-Willy comprend qu’il doit se débrouiller seul, il endosse très rapidement la responsabilité de l’homme de la maison et est contraint de devenir indépendant contre sa propre volonté, car la structure familiale n’est pas propice. Néanmoins, comme il le dit lui-même: « Mes parents m’ont transmis des valeurs fortes que je garde jusqu’aujourd’hui, cela me permet de ne pas oublier d’où je viens ».

Vers l’âge de onze ans, Jean-Willy développe une grande passion pour le ballon rond, ses parents travaillent jusqu’à des heures assez tardives et le centre de loisirs étant cher, ils ne pouvaient se permettre d’offrir cela à leur fils. Il trouve lui-même sa solution : « A la sortie de l’école j’allais jouer au football avec mes copains, ça me permettait de me défouler et vu que mes parents travaillaient beaucoup c’était une charge en moins pour eux ».

Il est important de noter que dans son environnement, Jean-Willy Ngoma est le seul à cultiver cette passion pour le football, c’est un élément central dans le processus de construction de sa personne, car son père est professeur de piano de formation, de ce fait nul n’est sans ignorer qu’il est difficile pour une âme d’artiste de s’intéresser un peu au sport, ça ne fait pas toujours bon ménage.

 

LA STORY DU GARS QUI COMMENCE TRÈS BAS

Jean-Willy est en pleine quête d’identité, de structure et d’accompagnement. Partagé entre ces deux cultures, congolaise et occidentale, il est contraint de faire un assemblage de ces deux mondes totalement opposés mais que la force du destin rassemble malgré tout.

Cette passion pour le football le mène à signer très tôt dans des clubs belges, tels que Boisfort ou encore Brabant, Jean-Willy est convaincu qu’il ira loin, il est déterminé, si déterminé qu’il ira jusqu’au club le plus mythique de la Belgique : ANDERLECHT, le club que tout jeune aspirant à embrasser une carrière dans le football, aimerait intégrer. Malheureusement, après avoir effectué toutes les formations d’usage et les détections Jean-Willy ne peut passer professionnel, il explique : « A cet âge-là c’est une grosse déception, tu ne comprends pas, c’est un monde qui s’écroule. Lorsque tu donnes autant d’années de ta vie à ce sport et qu’au final tu ne peux pas réaliser un rêve, la réalité te rattrape très vite car tu es obligé de faire le choix entre continuer et sombrer ou alors réfléchir à d’autres possibilités. »

Après ses études, Jean-Willy a déjà cette casquette de conseiller, il aide ses amis dans leurs choix, il oriente et apporte des conseils, qui contribuent à l’évolution positive de ses amis. Le déclic commence au moment où il constate que l’un de ses amis est accompagné par un conseiller, qui ne l’aide pas vraiment, Jean-Willy comprend donc que son créneau est là : il devient très vite conseiller, puis agent et commence peu à peu à conclure des petits deals, dans quelques petits clubs de la capitale.

« Il faut savoir qu’à cette époque l’industrie du football est assez fermée, je suis le plus jeune, je suis noir et je signe des deals dans quelques petits clubs. C’était incroyable car j’étais le premier agent sportif noir et le seul, ce qui n’était pas toujours vu d’un bon oeil, mais c’est ce que j’aime, j’aime quand je dérange. »

La carrière professionnelle de Jean-Willy Ngoma prend un autre tournant, lorsqu’il fait la rencontre de Pini Z. , un nom qui n’est plus à présenter dans le monde du football et dont le palmarès témoigne à sa place. Était-ce un signe de ce destin tant recherché ? Jean-Willy nous répondra ceci : « Je suis très reconnaissant envers cet homme car il a cru en moi, il a vu en moi quelque chose, je ne sais pas ce que c’était mais en tout cas il l’a vu. À cette époque je n’étais pas très aimé, mais lorsqu’un homme comme lui te prend sous son aile les gens ne peuvent que t’accepter, il m’a appris la vie. »

Dans les premières heures de sa jeunesse, Jean-Willy est en quête de cette structure, dont il n’avait pas bénéficié, partager cette passion avec quelqu’un qui le comprendrait, bien que son père biologique avait fait un bon travail comme il le souligne, lui-même très fièrement, Pini joue aussi le rôle de ce père qui le protège, lui montre les dures réalités du métier mais surtout qui le forge.

 

UN PETIT DANS LA COUR DES GRANDS

 

Jean-Willy Ngoma commence à se faire remarquer de plus en plus, le regard des gens change, il constate que le monde n’est plus le même, il est le plus jeune de la cour des grands. Très vite, il monte d’échelons en échelons, il côtoie les grands du football, signe des deals et accompagne de jeunes joueurs. Plus jeune, dans ses débuts, il enfile les crampons avec Eden Hazard et d’autres joueurs, qui sont dans de grandes équipes européennes aujourd’hui. Les uns embrassent cette carrière professionnelle dans le football et Jean-Willy, lui, embrasse une carrière professionnelle dans ce même football mais pas sur le terrain, encore une fois le destin est au rendez-vous avec d’autres surprises.

Le jeune agent sportif a 25 ans, le succès est là, l’argent aussi. Comme le tissage dont tout fil constitue la toile, chaque parcours est solidaire de l’autre, néanmoins la chance ne se trouve pas toujours du côté où on l’espère. Nous sommes en 2017 et un scandale éclate dans les médias belges, la toile s’enflamme de plus en plus :

Jean-Willy Ngoma est accusé de viol, d’escroquerie ou encore « d’arnaque à tous les étages ».

«En réalité je n’étais pas très ébranlé par ces affaires car c’est à ce moment-là que je gagne le plus d’argent. Mes proches eux sont très affectés mais je pense que c’était un article mérité… Oui je l’ai mérité. J’étais jeune, je faisais beaucoup de bêtises et je ne me faisais pas discret, je reconnais que tout cela était des erreurs de jeunesse et j’en ai tiré de bonnes leçons. J’étais con et débile, je m’en excuse. J’avais cette folie des grandeurs, je voulais aller trop vite, j’étais un peu livré à moi-même et c’était la conséquence de mes mauvais choix. »

Au cours de cet entretien d’une heure Jean-Willy Ngoma se livre à cœur ouvert, brise la glace sur tous ces sujets, qui dérangent d’une part mais qui ternissent aussi son image d’autre part. Aujourd’hui Jean-Willy est un homme qui a avancé, il a d’autres objectifs et ce passé ne constitue ni son futur ni son présent, il est en phase avec lui-même et continue d’accompagner fièrement les jeunes talents africains.

« Ces gens-là avaient peur de moi », dit-il avec certitude. Il ajoute encore : « J’étais le premier et seul agent noir de 25 ans à signer des deals à gauche et à droite, dans un monde aussi fermé que le football, en Belgique, c’était normal que je ne sois pas apprécié par tout le monde. En moyenne les agents sportifs commencent à signer des vrais deals entre 35 et 40 ans, j’avais donc une avance de quinze ans sur les autres agents, il est donc normal que je ne fasse pas la joie des autres. »

Jean-Willy Ngoma explique bien que toutes ces fautes étaient des erreurs de jeunesse, dont il n’est pas fier, au sujet des accusations de viol, qui ne sont pas vraies, il répond : « Vous savez, lorsque vous rencontrez un certain succès et que vous devenez assez public, si on ne vous a pas accusé de viol, vous n’avez pas encore reçu votre baptême de feu (…) ».

C’est un sujet très délicat sur lequel nous n’avons pas souhaité nous étaler.

« J’ai grandi et bien évidemment toutes ces accusations ne définissent en rien la personne que je suis réellement. Malgré tout cela je continue de fournir un bon travail et quelles que soient les accusations qui porteraient atteinte à la vie privée d’une personne, son travail, s’il est bien fait, témoignera toujours en sa faveur, croyez moi. On peut dire que j’ai pris certains coups et risques pour la nouvelle génération. Le conseil que je donnerai aux plus jeunes est de toujours travailler comme il se doit, la valeur travail ne s’épuise jamais. Le monde du football n’est pas un monde de Bisounours, il faut être craint. Préservez votre cercle privé, gérez correctement votre communication et veillez à donner le meilleur à vos clients. »

Jean Willy Ngoma a donné énormément au football européen, depuis sa jeunesse jusqu’à ses premiers pas dans le business du sport. Il revendique fièrement ses appartenances congolaises et en tant que fils de cette Afrique, il compte bien faire briller tous ces talents qui manquent de lumière et d’infrastructures adéquates. Actuellement, il s’occupe de la carrière de Jackson Mouléka, le talent du football africain de demain. Jean-Willy Ngoma est convaincu que le potentiel des jeunes talents africains pourrait les mener très haut d’ici une quinzaine d’années. Il donne l’exemple de Victor Osihmen, qui en quatre ans est passé de 0 à 90 millions d’euros, c’est une preuve que les talents existent et qu’il faut investir sur eux afin qu’ils brillent aux couleurs des maillots d’équipes africaines.

« Les agents comme nous il y en a plein, apporter notre expertise est un devoir, c’est un message que je lance, il faut propulser et accompagner ces talents. J’ai pris le temps d’aller à la rencontre de ces talents bruts, il faut faire quelque chose pour eux. C’est compliqué de changer un mécanisme ancré depuis des années, mais je suis prêt à me battre pour que le football africain brille encore plus d’ici 15 ou 20 ans, je le vois et je le sais. »

Au cours de sa carrière, Jean-Willy Ngoma a su tailler sa marque de fabrique : accompagner, transmettre et servir. Après avoir côtoyé les grands noms du football européen Jean-Willy Ngoma se consacre pleinement à l’expansion du football africain. Il a su pointer les erreurs qu’il fallait corriger, non seulement dans la manière de conseiller les joueurs, mais aussi dans le domaine des infrastructures. Il a effectué plusieurs voyages dans les pays africains afin d’aller à la rencontre de ces talents bruts qu’il compte bien aider, il a cette nette conviction que le problème est général, il tire la sonnette d’alarme à ce sujet : « Je ne souhaite pas m’attirer les foudres de nos ainés, mais il est important que chacun puisse faire quelque chose sinon le football africain ne brillera jamais. Je ne sais pas si c’est seulement de la mauvaise foi, mais nous le regretterons amèrement si nous ne trouvons pas des solutions maintenant qui profiteront à tout le monde sur le long terme. »

« Ce qu’il faut retenir de moi est la ténacité que j’ai face au travail. On peut me critiquer, mais le travail bien fait nous permet toujours de rebondir vite. Aujourd’hui je me plais énormément dans mon travail car il me permet aussi de donner à mes enfants ce que je n’ai pas eu, de contribuer à l’épanouissement de ma famille à travers divers plaisirs, je suis un homme qui a conscience de l’importance des gens et de certaines choses. »

 


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