Afrique [Itw] Joseph Antoine Bell : «Pas lieu de s’offusquer des propos d’Ahmad»

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La CAN 2019 occupe en permanence les devants de l’actualité au Cameroun depuis bientôt 2 mois. Le retard accusé par le pays hôte est au centre des préoccupations. Les autorités politiques s’emploie à rassurer les nombreux sceptiques et citoyens alarmés par l’impréparation criarde, dénoncée récemment par le président de la Confédération africaine de football. Joseph Antoine Bell est un des Camerounais qui n’a pas cédé à la panique. Pour l’ancien gardien de but des Lions Indomptables du Cameroun pas de place au pessimisme. Il croit que son pays respectera les délais impartis pour l’organisation de cet événement que le pays de Roger Milla et Samuel Eto’o attend d’accueillir depuis 45 ans. Interview.

Est-ce que vous avez compris le président de la Confédération africaine de football, Ahmad, lorsqu’il a déclaré que le Cameroun n’était pas encore prêt à accueillir la Coupe d’Afrique des nations ?

Aujourd’hui, il n’y a pas à revenir sur ces déclarations puisqu’on a progressé. Les gens se sont expliqués et la situation est différente de celle qu’on avait au jour des déclarations. S’il fallait absolument y revenir, je dirais que monsieur Ahmad lui-même a dit deux choses. La première c’est qu’il disait : « à l’instant ». Donc si la CAN devait se jouer demain le Cameroun ne serait pas prêt. C’est une vérité de Lapalisse, mais j’ai déjà eu à dire qu’à ce moment-là on aurait pu rétorquer que si la CAN se jouait demain la CAF n’aurait pas été prête non plus. Et puis quand je vous disais qu’il faut regarder la situation présente et ne pas revenir à il y a deux semaines au moment des déclarations. La CAF m’a donné raison. C’est-à-dire que l’inspection par exemple n’a pas pu avoir lieu parce qu’un élément décisif qui compose ou qui contribue à cette inspection n’a pas pu être mis en place. Si la CAN se jouait demain elle n’aurait pas pu avoir lieu. Ce n’est pas cela le plus important. Le plus important c’est quand est-ce que la CAN va avoir lieu ? Est-ce que le temps qui nous sépare de la CAN est suffisant pour réaliser les travaux qu’il y a à faire ? Si on répond à cette question, on a forcément la solution aux inquiétudes du président de la CAF. Je pense aussi qu’il n’y avait pas lieu de s’en offusquer grâce ou à cause de ce bout de phrase : « à l’heure ou je parle ».

La réaction violente de certains Camerounais à ces propos vous a-t-elle surpris ?

Non. Car eux aussi dans le feu de l’action n’ont pas prêté attention à ce bout de phrase qui disait « au moment où je vous parle » ou « si la CAN avait lieu demain ». Ils l’ont sautée pour simplement entendre que le Cameroun ne serait pas prêt, que le Cameroun ne serait jamais prêt. Ce qui évidemment était inacceptable pour eux. Les uns et les autres ont retrouvé leur sang-froid pour bien comprendre les propos du président de la CAF. C’est vrai que ce qui était inhabituel c’était précisément que de tels propos fussent tenus par le président. Ceux qui ont réagi ce sont ceux qui ne sont pas concernés par l’organisation. Ceux qui le sont travaillent et ne peuvent pas travailler plus vite. Les journées n’ont que 24 heures et ils ne peuvent pas faire plus vite au risque de dire qu’ils trainaient le pas avant. Ce qui a réellement trainé c’est le travail administratif. Ensuite c’est le travail effectif de génie civil parce qu’il en faut beaucoup. Celui-là une fois qu’il est lancé, les gens travaillent et il est mis en place tous les systèmes possibles pour pouvoir tenir les délais qui en génie civil savent se calculer.

Il va falloir agir désormais dans l’urgence du fait du retard accusé. Il n’est pas certain que les choses seront faites comme elles étaient prévues. Je veux parler des complexes sportifs d’Olembé et Japoma qui pourraient ne pas être achevés. Ne risque-t-on pas d’aller vers une organisation de la CAN au rabais ?

Dites-moi, au plan de l’organisation de la CAN, à quoi sert une piscine olympique ? A rien du tout ! Elle n’est pas concernée. S’il y a un complexe sportif qui prévoit une piscine olympique ce n’est pas en ayant la piscine olympique que la CAN sera réussie. Beaucoup de Camerounais font la même erreur que vous. En tant que Camerounais, nous avons le droit de demander des comptes ! Quand on aura dépensé de l’argent pour construire un complexe omnisports il faudrait qu’à la fin les Camerounais aient un complexe omnisports. Mais il ne faudrait pas lier le complexe omnisports à l’organisation de la CAN. C’est en cela que tous ceux qui ont dit que la CAN apportait des infrastructures au Cameroun se sont trompés. Ce n’est pas comme cela qu’il faut présenter les choses. Sinon il n’y aurait pas besoin de courts de tennis, d’espaces pour les sports en salle. Malheureusement les Camerounais ont en travers de la gorge les stades construits pour la CAN de 1972 qui n’ont jamais été achevés et que personne n’ait jamais rendu compte pour cela ou du moins on n’en a jamais été informé. Ne transformons pas notre problème interne en un problème international. Que les Camerounais soient inquiets que leurs compatriotes puissent les voler en leur faisant payer des complexes qui ne seraient pas entièrement livrés est un problème camerounais qui mérite d’être posé. Mais il ne faut pas faire de la CAF le porte-parole des contribuables camerounais qui pourrait retirer la CAN parce qu’on n’a pas de piscine olympique.

Il s’en trouve pour penser que vu le degré de l’impréparation, il aurait mieux valu que le Cameroun renonce à organiser la CAN…

Pour dire qu’il y a un niveau d’impréparation, il faut l’avoir mesuré. Je suis sûr que ce qu’ils avancent ne tient sur aucune base publique. Je n’ai pas d’informations secrètes. Peut-être qu’eux en ont. Il y a des inspections pas seulement pour la CAN, mais pour toutes les compétitions internationales. Elles viennent voir le niveau d’avancement des travaux liés à la tenue de la compétition. Ce sont eux qui vous disent « vous êtes en retard » et cela parce que vous avez des plannings. Tous ceux qui parlent- là n’ont pas les plannings des travaux. Si vous demandez à tous ces gens qu’est-ce qui devait être fait au 20 août 2017 en regard de la préparation de la CAN ils ne pourraient rien dire. Moi-même qui parle, je n’ai pas les plannings. La seule chose que nous savons c’est que deux mois avant la compétition que toutes les infrastructures soient livrées à la CAF. C’est-à-dire en avril 2019.

La CAF vient de reporter la visite d’inspection qui devait commencer ce 20 août 2017. Quel commentaire vous inspire ce changement de programme ?

Rien. Je n’accable pas la CAF. Ça me donne simplement raison puisque je disais au tout début de cette interview que si on devait jouer aujourd’hui, il n’y a pas que le Cameroun qui ne serait pas prêt. Personne ne serait prêt puisqu’on n’a pas les noms des qualifiés. Vous voyez bien que si on devait jouer aujourd’hui personne ne serait prêt…

La Fédération camerounaise de football a invoqué de supposés problèmes de sécurité pour la mission d’inspection…

…Elle a tort ! Là aussi notre fédération s’empresse de montrer son incompétence. Pourquoi veut-elle donner des raisons à la place de la CAF ? La CAF n’en a pas donné. La CAF a simplement dit que la société d’audit indépendante s’est désistée. Pour cela il nous faut en trouver une autre. Pourquoi la fédération camerounaise va se lancer dans des suppositions de sécurité ou de je ne sais quoi. Pourquoi pas la pluie ? Pourquoi pas le soleil ? Elle n’a rien à dire ou à justifier. Ce manque de sang-froid fait que finalement on tire dans tous les sens et on donne l’impression d’avoir perdu la tête. Pour une fois ce n’est pas le Cameroun qui est mise en cause. C’est la CAF qui pourrait être mise en cause. Pourquoi voulez-vous justifier à la place de la CAF ?

Vous avez été footballeur international. Vous avez disputé des éditions de la Coupe d’Afrique des nations à l’étranger et gagné certaines. Maintenant elle arrive dans votre pays. Que représente pour vous l’édition de la CAN en préparation ?

Je me mets d’abord à la place des joueurs. Ceux qui jouent aujourd’hui, qui espèrent la jouer. Ceux qui ne la joueront pas mais qui vont la regarder et puis les spectateurs. Quand on voit la ferveur avec laquelle sont accueillis les Camerounais vainqueurs de la CAN, on peut imaginer la ferveur avec laquelle ils seront soutenus lorsqu’ils joueront à la maison. Je me souviens de ce que j’ai vécu lorsque le Cameroun accueillait sa première CAN en 1972 alors que j’étais adolescent. Tout le pays était mobilisé autour de l’équipe nationale qui n’était pas encore surnommée les « Lions indomptables ». En revoyant tout cela je me dis que ce serait bien effectivement que ça vienne chez nous, que les gens soient contents d’accueillir, que les Camerounais puissent montrer comment ils accueillent les gens. Que les joueurs soient heureux de jouer chez eux, soutenus sur tous les terrains où ils pourraient avoir à jouer. Et
puis que le Cameroun montre sa capacité à organiser, et à accueillir les autres. Le Cameroun a toujours gagné chez les autres, en terrain assez souvent hostile. Aujourd’hui, il lui faut accueillir, ensuite, je ne vais pas dire accessoirement, mais essayer de gagner. Que le Cameroun organise la CAN est une très bonne chose. Je crois qu’il y aura quand même un héritage CAN. C’est véritablement quelque chose qui sera bénéfique.

Propos recueillis par Pierre Arnaud Ntchapda

Publié par Equipe rédaction pour Africa Top Sports

L'équipe de la rédaction d'Africa Top Sports