Afrique [exclu] Adebayor, CAN 2017, Le Roy : Daré Nibombé décrypte

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Sollicité par notre rédaction pour commenter l’actualité récente du football au Togo, l’ancien international n’y va pas par quatre chemins. Du stage de novembre à la méthode Claude Le Roy en passant par le tournoi de l’UEMOA et Emmanuel Adebayor, Daré Nibombé se livre. Lecture. 

Le Togo vient de réaliser 3 défaites en 3 matchs dans « son » tournoi de l’UEMOA. Comment l’expliquez-vous ?

S’il ne faut prendre en compte que les paramètres techniques, on ne doit pas rougir surtout que ce tournoi tombait après 10 journées d’un championnat qui n’a pas été joué durant ces deux dernières saisons. Cette irrégularité a été un sérieux handicap pour nos jeunes joueurs face à des adversaires plus affûtés en terme de compétitivité et d’expérience. Pour moi ces 3 matchs doivent être considérés comme une répétition générale de laquelle Claude Le Roy et son staff doivent tirer les meilleurs enseignements pour bâtir une équipe solide à long terme.

10 journées de championnat, un meilleur buteur et pourtant ce dernier n’est pas retenu pour le tournoi. Le choix des coachs vous a t-il surpris ?

Non pas vraiment. Quand le joueur ne correspond pas ou n’a pas les caractéristiques recherchées par l’entraineur pour entrer dans son plan de jeu, il peut ne pas être sélectionné. Ici, l’idéal voudrait qu’il (le meilleur buteur) soit présent car nous sommes dans une phase de découverte et de construction et son profil peut être adapté à une autre position sur le terrain comme ils l’ont fait avec Kouloun Maklibè. On ne devient pas meilleur buteur par défaut. Ce garçon doit avoir quelque chose d’exploitable.

Au pays, la composition du staff technique de cette équipe locale est sujette à polémique. Le rôle du sélectionneur adjoint Jean-Paul Abalo notamment. Un avis ?

Normalement, sous d’autres cieux, les 2 staffs doivent être différents mais travailler en symbiose. Je ne connais pas la hiérarchie définie dans le staff des adjoints de Claude et les responsabilités qui vont avec, mais j’ai été surpris par cette désignation unilatérale de nomination de Sébastien Migné aux commandes de l’équipe locale.

J’ai échangé avec le président de la FTF à ce sujet pour tirer son attention sur certains faits qui ne nous seront pas utiles si nous ne prenons pas nos responsabilités dans certaines situations pour se libérer de cette colonisation sportive. Abalo a une qualification et une compétence requises pour prendre en main une équipe d’âge au même titre que les autres entraineurs locaux qui aujourd’hui bénéficient d’une bonne formation de la CAF. Nous devons leur donner la chance et l’orientation pour prendre les destinées de nos équipes nationales d’âges dans une vraie structure si on veut rivaliser avec les autres pays sur le continent. Même si je sortais major de ma promotion avec la plus grande distinction et si même on estime que j’ai les compétences, je n’aurai jamais la chance d’être entraineur des Diables rouges ou de l’équipe de France. La  vérité est voilée… Mais les réalités sont là. En conclusion, utilisons Abalo comme il faut.

Quelques semaines plus tôt, les Eperviers séniors étaient en stage au Maghreb avec deux matchs amicaux (2-2 face aux Comores et 1-2 devant le Maroc) et des prestations pas très encourageantes. Depuis, beaucoup redoute la CAN. 

Oui, ce ne sont que des conclusions d’approche. Avant ça le Libéria, le Mozambique, la Zambie, Djibouti, voire l’Ouganda où les résultats ont pris le dessus sur le fond et la forme avec une qualification inespérée à la clé que nous saluons tous. Les inquiétudes sont grandes mais le coach a suffisamment d’expérience pour tirer les bonnes conclusions qui seront utiles à l’équipe afin qu’elle soit prête pour la CAN Gabon 2017. On doit rester optimiste.

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Des cadres -Adebayor, Agassa n’ont pas de club, d’autres (Romao, Akakpo, Gakpe) jouent peu en club. C’est une situation inquiétante à quelques semaines de la compétition ? 

C’est la grande interrogation dans laquelle le coach est noyé aujourd’hui. Ces joueurs auront un handicap psychologique (le doute) et technique (le manque de temps de jeu) qui vont influencer leur performance et vont avoir une conséquence directe sur le groupe. L’expérience plaide en leur faveur mais pas le rythme des matchs, or il va falloir concilier les deux pour optimiser leur performance.

Viennent s’ajouter la modestie des clubs dans lesquels certains évoluent et quand on sait que chaque 3 jours on doit défier la Côte d’Ivoire, la RD Congo et le Maroc. Ce ne serait pas une équation facile à résoudre pour le coach, mais il doit composer avec les atouts qu’il a et je profite pour lui dire que les Eperviers sont très forts là où on les attend le moins.

Croyez-vous que le Togo pourra faire un quart de finale (objectif avoué de Claude Le Roy) au Gabon ?

Dans la logique linéaire des choses voire des statistiques, on a déjà atteint ce niveau et maintenant il doit chercher à le dépasser. Se fixer les quarts comme objectif à atteindre en cette CAN 2017 est un manque d’ambition et un argument préparé pour justifier un éventuel échec. Nous savons tous que cette qualification inespérée est devenue une étape intermédiaire qui vient se glisser dans le processus à long terme (vison 2019) de son cahier de charges.

Tous les secteurs de cette sélection sont en chantier. Sur quoi peut-on concrètement s’appuyer pour espérer une bonne prestation à la CAN ?

Aujourd’hui, on s’acharne sur Sheyi (ndlr : troisième prénom d’Emmanuel Adebayor) pour le préparer au mieux pour la CAN, mais le joueur lui même dans une lucidité que je ne reconnais pas (rires) a fait savoir ses intentions qui, pour moi, sont claires car il porte le poids de tout un pays et n’est pas attiré par le challenge si c’est pour faire de la figuration au Gabon. Il a déjà 3 Coupes d’Afrique des nations à son compteur avec un but. Aujourd’hui, ce n’est pas forcément d’une préparation spécifique dont il a besoin mais d’un travail collectif en club avec de la compétition. Sheyi aime le ballon, il doit le toucher, le jouer chaque jour pour être en confiance. Courir tout seul ne l’intéresse pas beaucoup. Et lui-même le sait. Il sait qu’avec ce niveau, la CAN sera compliquée pour lui. Et actuellement c’est toute la colonne vertébrale de l’équipe qui part avec un handicap (Agassa- Akakpo- Romao- Shéyi).

La situation dans laquelle se retrouvent les Eperviers aujourd’hui demande qu’ils soient soutenus afin d’assembler les forces pour s’appuyer sur le collectif que sur les individualités. Le mental sera un facteur déterminant dans ce tournoi et je compte sur le capitaine et sa bande dans ce dernier message que je les envoie de tenir pour défendre avec la dernière énergie les couleurs nationales.

Etes-vous convaincus par le discours et la méthode Claude Le Roy ?

La vision 2019 vers laquelle tous les Togolais doivent se tourner et le canal présidentiel par lequel Claude Le Roy est arrivé sont une épine pour le Nouvel Elan (ndlr : slogan de campagne du Comité exécutif de la FTF) où les moindres contrariétés se transforment en menaces de départ à la tête de l’équipe. Nous ne sommes plus à l’époque où l’homme noir dans son propre pays doit toujours ou nécessairement dire oui à tout ce que dit l’homme blanc même si c’est pour notre propre bien.

Sans oublier, les annonces à tout va pour de nouveaux renforts dans le nid mais jusque-là très peu de choses concrètes. D’ailleurs, je pense qu’on en fait un peu trop pour ces binationaux. Je suis de ceux qui pensent que pour rejoindre et défendre une couleur nationale, il doit y avoir une volonté manifeste du joueur et non souvent ou toujours le forcer à venir.

Chaque entraîneur qui passe à la tête des Eperviers veut remplir le nid sans jamais se poser la question de savoir si ses nouveaux binationaux apportent une plus value à leur effectif déjà en place. Hier, Didier Six et Damessi, Tchakala avec Amevor et Sabah sans oublier qu’Euloge Ahodikpe, Assimiou Touré, Guillaume Brenner, Yohan Folly et autres sont rentrés dans le nid, se sont cachés pour repartir sur la pointe des pieds.

Où en est Nibombé Daré avec ses diplômes d’entraineur ?

Je suis dans ma 4e année et bientôt je rentrerai dans la 5e année de formation avec pour objectif de décrocher le diplôme UEFA A qui se terminera à l’été 2019 avec les réformes subies par les normes européennes dans la formation des Moniteurs Sportifs et Entraineurs. Je m’occupe aussi de la réserve d’une équipe de D3, le RFB (Royal Francs Borains) dont je suis le formateur principal. Je vais et dois aller au bout avec l’UEFA PRO en poche histoire d’être en adéquation avec mes propres ambitions.

Publié par Steven LAVON pour Africa Top Sports

Rédacteur en chef à Africa Top Sports. Premier portail sportif Africain. http://www.africatopsports.com