CAN 2023 – Sébastien Desabre (coach de la RDC) : « Il faut être plus efficace dans la zone de finition »

Journaliste à Africa Top Sports Premier portail sportif Africain http://www.africatopsports.com




La RD Congo a fini la CAN 2023 à la quatrième place après sa défaite lors de la petite finale contre l’Afrique du Sud aux tirs au but. Une défaite avec un peu de déception certes, mais qui ne vient pas tout remettre en cause quand on sait que les Léopards ont très bien joué et on fait un bon parcours lors de la compétition.  En conférence de presse d’après-match, Sébastien Desabre, le sélectionneur de la RDC, a fait un petit bilan et pense qu’il y a encore des choses à corriger, notamment dans le secteur offensif. Desabre était au micro de Dounia Mesli, envoyée spéciale d’Africa Top Sports à la CAN 2023.

Journaliste : Coach, tirez-nous quelques enseignements sur ce match. Peut-on dire que cette 4è place est un résultat anecdotique pour les Léopard dans cette compétition ?

Sébastien Desabre : Oui, c’est vrai que ces matches de 3è et 4è place sont quand même importants car on veut bien finir la compétition. Certes, il y a un peu de déception, mais cela n’entache en rien le beau parcours qu’on a pu faire à cette CAN et ce que les joueurs ont donné durant ces 5 semaines. Maintenant, ii nous ne sommes pas 3è mais plutôt 4è, c’est que nous n’avons pas su concrétiser les nombreuses opportunités que nous avons eues. Je pense que pendant les 90 minutes, nous avons été meilleurs que nos adversaires, les statistiques le démontrent. Après ce sont des matchs très serrés avec les penalty, donc il y a eu une part de qualité, une part de chance. Nous avions gagné contre l’Egypte, mais ce soir on le perd, c’est le football. Mais en tout cas, nous avions réalisé beaucoup de revirements. Ce que j’ai vu ce soir chez les garçons montre qu’il y a un vivier intéressant.

Journaliste : Coach, durant la première mi-temps, on a vu que vous aviez eu beaucoup de mal face à un bloc sud-africain qui était bas avec deux lignes reserrées. Vous n’avez pas eu la faculté de vous insérer entre les lignes comme c’était le cas lors de la demi-finale par exemple. J’aimerais savoir, tactiquement, quels ont été les consignes que vous avez donnés à vos joueurs, notamment en début de première période ?

S.D : Il a surtout fallu gérer le changement de leur système dans les 15 premières minutes, quand ils avaient le ballon, avec l’arrière droit très très haut, pour essayer de trouver le 9 sur la profondeur et mettre un 1 contre 1 derrière. Ensuite, sur l’utilisation du ballon, je pense qu’on a aussi eu des occasions en première mi-temps. Ensuite, les instructions étaient claires, nous avions décidé d’animer à 3 derrière et nous avons retrouvé nos joueurs dans les demi espaces, les relais, pour aller chercher nos couloirs. C’était plutôt bien fait. Mais après, dans le football, on ne peut pas avoir autant d’occasions et ne pas marquer. Ce n’est tout simplement pas possible.

Journaliste : Sébastien, félicitations, félicitations à l’équipe. J’ai vu une équipe très appréciable cet après-midi. Est-ce que vous vous dites que ce que vous avez produit ce soir, c’est ce qui vous a manqué dans le match contre la Côte d’Ivoire ? Parce que j’ai vu une équipe de la RDC tactiquement très en place par rapport à son adversaire.

S.D : Les matchs ne sont pas les mêmes. Les rapports de force ne sont pas les mêmes. Je pense que la Côte d’Ivoire a été plus forte que l’Afrique du Sud en demi-finale, même si l’Afrique du Sud a un système. Et avec un jeu d’intérieur qui part de son gardien, on connaît bien leur plan de match. Nous étions donc peut-être un peu plus à l’aise au milieu du terrain qu’en demi-finale. Par contre, oui, tout le monde l’a vu, je pense qu’on doit avoir tiré 13 ou 14 fois au but, de temps en temps avec des cages vides. Tout ce que nous faisons nous servira pour la suite. On a cet élan, on a cette envie d’aller attaquer. Nous savons ce que nous faisons. Après, il faudra être plus efficace dans la zone de finition, car au final, au bilan des occasions, nous avons bien trop eu d’occasions par rapport à notre adversaire pour ne pas nous imposer.

Journaliste : , coach, depuis le début de la compétition, votre équipe a souvent toujours eu beaucoup de faiblesses offensives. Si vous vous souvenez bien, à chaque conférence d’après-match, on ne cesse de répéter cela. Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui cette maladresse a payé très cher ?

S.D : Non, non, mais je comprends ce que tu dis. Mais vous avez la bonne lecture du jeu. Tu as raison. Après, nous avons fait démarrer un nouveau joueur, nous avons changé le système. Nous avons mis sur le terrain les deux attaquants, toutes les forces vives dont nous disposions. Donc à un moment donné, oui, nous avons péché dans ce domaine là. Cela doit donc être pour nous un axe de progrès. Quoi qu’il en soit, comme je l’ai dit, nous avons fait un bon parcours. Mais si nous ne gagnons pas, c’est qu’à un moment donné, nous avons encore des choses à régler. Cela en fait partie, car au final, quand on évaluera statistiquement notre parcours, on se rendra compte que nous faisons partie des équipes à avoir eu beaucoup d’occasions tout au long de la compétition, et qu’il y a un rapport attaque-finition qui est trop déséquilibré. C’est une évident. C’est donc déjà pour un coach ou pour un set-up. Parce que ce sont des matchs de très haut niveau.

Donc avoir cette configuration sur les matchs, c’est déjà beaucoup de travail. Nous pourrions être bien plus inquiets si nous ne parvenions pas à créer des occasion et si nous ne marquions pas. Il faut donc continuer à travailler. Et ce que je retiens ce soir, c’est que les garçons, quand on les regarde jouer, on sent qu’ils se donnent à fond sur le terrain et se battent tout le temps, même lorsqu’ils sont fatigués. Pour moi, c’est déjà important car je sais qu’on a de la qualité. Donc avec la qualité et cette abnégation, on peut faire de grandes choses.

Et puis il faut aussi rappeler que nous sommes très heureux d’avoir réalisé un bon parcours. Et ça je pense qu’on a une marge de progrès à tous les niveaux. Parce qu’on a fait un bon parcours avec un championnat qui redémarre, avec une équipe qui n’était pas présente à la dernière CAN. Et l’équipe nationale en bénéficiera. C’est ce que nous devons dire aussi.

Journaliste : Coach, je veux savoir à quel point il était urgent aujourd’hui de modifier votre composition à plus de 70 % ?

S.D : Nous ne sommes pas là pour plaire aux gens ou aux joueurs. C’est comme ça. Nous avons des idées. Des idées qui sont sur le terrain ou qui sont en planification et en prévention aussi parce qu’on veut voir des joueurs en situation. Mais il y a aussi une réalité, nous avions beaucoup de joueurs qui manquaient d’énergie, quelques joueurs blessés qui n’ont pas pu participer à la rencontre. Et puis à un moment donné, je l’avais déjà dit au début de la CAN, j’avais pris 24 joueurs, et nous avons une profondeur de banc et on l’a vu ce soir. On change, mais on ne change pas forcément la qualité de l’équipe.

Journaliste : Coach, je vais revenir sur la question posée tout à l’heure par ma consoeur. Aujourd’hui, comme lors de plusieurs matches, je me souviens contre la Zambie, contre le Maroc, l’équipe avait toujours des occasions, mais la finition était toujours un problème. Est-ce qu’aujourd’hui, on peut conclure que l’attaque reste le plus grand chantier de cette équipe, même si l’équipe doit aussi progresser sur d’autres compartiments ?

S.D : Non, mais c’est une évidence. C’est vrai que tactiquement, nous sommes en place, nous sommes très solides défensivement et on concède peu d’occasions. C’est donc vrai que ce secteur a un problème. Quand nous évaluerons tout cela, il y aura aussi des choses à améliorer. Et c’est notre travail d’être là pour ça. Ensuite on va retravailler les choses, que ce soit l’entraînement, les joueurs vont aussi mettre un peu plus de dévouement, ils peuvent apporter de la variété. Mais vous savez, quand je vois mes trois attaquants, c’est-à-dire Cédric, Simon puis Fiston, je peux vous dire qu’ils n’en laissent pas une miette à l’entraînement. Mais après il y a des situations qui font que nous n’avons pas été performants dans ce secteur. C’est une réalité. Mais comme je le disais plus tôt, nous sommes en demi-finale de la CAN, soit quatrième sur 24 équipes qualifiées. Peut-être que nous aurions eu un résultat encore meilleur si nous avions concrétisé nos occasion. C’est possible.

Je ne sais pas s’il y avait une différence entre le troisième et le quatrième. Honnêtement, je ne sais pas les éléments qu’on a. Ce qui va nous intéresser, c’est si notre parcours a effectivement pu permettre à la fédération de pouvoir développer le football des jeunes et puis des clubs locaux, des formations locales. Nous sommes les plus heureux du monde. Mais on sait que nous en sommes un vecteur et c’est une responsabilité pour les joueurs. Aujourd’hui, je pense que les Congolais sont fiers de leur équipe, de ce qu’elle apporte sur le terrain. Et c’est déjà beaucoup.

Journaliste : Ma question va au-delà du terrain. Vous avez pu qualifier la RDC en demi-finale de la CAN après tant d’années. Selon mes sources, vous avez plusieurs propositions plus alléchante que la République Démocratique du Congo. Est-ce que les Congolais, qui sont fiers de vous et tous derrière vous, peuvent compter sur votre présence à la tête du staff technique de la RDC jusqu’à la qualification pour la Coupe du Monde ?

S.D : J’ai un contrat avec le RDC que je veux honorer. Il n’y a pas de débat à ce niveau. Sauf si on me demande de partir. Il se passe quelque chose. Après tout, le football peut aller vite, c’est évident. Nous allons déjà évaluer tout en étant critique, c’est ainsi que nous pouvons avancer. Bien sûr, il y aura plus de bonnes choses que de mauvaises, et puis nous nous remettrons au travail.

 


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