Afrique Interview avec Khadim Rassoul Joher : « Mon objectif est de jouer l’Europe avec Adana et frapper encore aux portes de l’équipe du Sénégal »



Il fait partie des pièces maîtresses d’Adana Demirspor. Khadim Rassoul Joher est l’un des principaux artisans de la montée du club turc en première division cette saison. L’international sénégalais de 26 ans, nourrit de grandes ambitions avec son club promu et actuel 5e de la Süper Lig, qui vise l’Europe. Ayant étrenné sa première sélection avec les Lions de la Teranga en mars 2021, le défenseur central pense à la coupe du monde et espère y participer avec les champions d’Afrique.

 

Africa Top Sports – Les amateurs du football local sénégalais vous connaissent peu, avez-vous joué dans le championnat du Sénégal? 

Khadim Rassoul Joher – Certains d’entre eux me connaissent, surtout ceux qui suivaient AS Pikine lors de notre sacre en 2015.

 

ATS – Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

K. R. J. – Je suis passé par US RAIL en petite catégorie, ensuite je suis allé à l’Etoile Lusitana, avant d’atterrir à AS Pikine.

 

ATS – A Anderlecht vous avez été recruté pour remplacer votre compatriote Cheikhou Kouyaté, mais vous n’avez jamais su vous imposer qu’est-ce qui explique cela ?

K. R. J. – À Anderlecht au début ça s’est vraiment bien passé, mais après j’ai eu d’énormes pépins au niveau de mes pieds. Malgré ces blessures j’ai continué à donner le meilleur de moi même, la direction m’a fait signer un contrat de 6 mois avec une option de 5 ans renouvelable, à la fin de la saison. Mais les blessures ont persisté et les dirigeants n’ont pas levé l’option d’achat. C’est comme ça que j’ai quitté Anderlecht à cause des blessures.

 

ATS – A Lokeren vous vous êtes finalement imposé après trois saisons, est-ce que ce n’était pas une opération de rachat envers Anderlecht qui ne vous faisait pas confiance ?

K. R. J. – Quand j’ai quitté Anderlecht je suis resté quelques semaines en Belgique pour me soigner. C’est pendant ce temps que Lokeren m’a tendu la main grâce à mes agents à l’époque et je me suis imposé là-bas. Ce n’était pas une opération de rachat ou une revanche avec Anderlecht, j’avais les qualités pour jouer là-bas, mais à cause de mes blessures ils ne pouvaient plus me garder et j’avais de très bonnes relations avec eux.

 

ATS – Pourquoi avez-vous choisi  de venir en 2e division en Turquie, alors que vous brillez avec Lokeren?

K. R. J. – Quand j’ai quitté Lokeren j’ai atterri en Turquie à Adana, où les dirigeants sont venus me chercher pour me présenter un très bon projet qui sur le plan sportif et financier n’a rien à envier à certains clubs d’Europe, qui sont connus.

Le club voulait accéder en première division dans les deux années qui suivaient et les conditions été vraiment réunies pour accéder à ce niveau. Quand il sont venus ils m’ont proposé de bâtir l’équipe et le projet autour de moi, j’ai accepté. Aujourd’hui je n’ai pas regretté.

 

ATS – L’argent a-t-il été le principal facteur de ce choix ?

K. R. J. – C’est ce que je disais tout à l’heure sur le plan sportif et financier, Adana fait partie des 4 ou 5 club les plus riches en Turquie et sur le plan d’infrastructures aussi il sont au top. Je suis venu ici avec des objectifs sportifs et financiers pour me relancer dans un très bon environnement.

 

ATS – Vous êtes considéré comme l’un des grands artisans de la montée d’Adana Demirspor, qu’est-ce que cela vous fait?

K. R. J. – Sentiments de fierté, j’ai réalisé les objectifs que le club attendait de moi.

 

ATS – Actuellement vous êtes 5e du championnat, pensez-vous maintenant jouer le titre ou vous souhaitez seulement faire une saison honorable ?

K. R. J. – Jouer le titre pour notre première année non, c’est peut-être être prétentieux (rire) parce que Trabzonspor qui est le leader du championnat est à une dizaine de points d’avance sur nous. Maintenant on a la chance à 6 journées de la fin de jouer la 4e place qui est synonyme d’Europe.

En début de saison notre objectif été le milieu de tableau, maintenant comme l’appétit vient en mangeant et on est classé 5e, maintenant on joue nos chances jusqu’à la fin [pour cette place qualificative à l’Europe].

 

ATS – Le rôle de leader que vous jouez dans cette équipe et le brassard de capitaine dont vous avez hérité, quel est votre avenir avec Adana ?

K. R. J. – C’est en travaillant avec sérieux et respect que j’ai forgé ce rôle de leader depuis l’année passée. Le brassard c’est aussi une source de motivation pour moi et une marque de respect de l’équipe envers moi.

Pour l’instant je suis sous contrat avec Adana, maintenant dans le football tous se passe vite, tous joueur aimerait jouer dans des grands clubs à la fin de la saison on fera le bilan.

 

ATS – Avez-vous des contacts pour d’autres championnats ?

K. R. J. – Mes représentants me parlent souvent d’autres clubs européens qui sont intéressés par mon profil. Mais pour l’instant je me concentre sur mes objectifs de fin de saison.

 

ATS – Quel championnat privilégiez-vous après la Turquie ?

K. R. J. – J’aimerais jouer dans les plus grands championnats (anglais – français – espagnol – allemand).

 

ATS – La Turquie attire de plus en plus de joueurs dont des africains, qu’est-ce qui explique cette ruée ?

K. R. J. – Vous avez vu vous même depuis 5/6 ans que beaucoup de grands joueurs viennent en Turquie. Pour déplacer ces joueurs il faut un projet sportif et financier. Le championnat a tellement progressé. Les turcs n’ont rien à envier à certains championnats européens.

 

ATS – Quelles sont vos ambitions pour cette saison avec Adana ?

K. R. J. – Mon ambition cette année c’est d’être parmi les 4 premiers, pour jouer l’Europe année prochaine.

 

ATS –  Vous êtes coéquipier de Mario Balotelli en club, qu’est-ce qu’il a réellement apporté cette saison ?

K. R. J. – Mario Balloteli est un très grand joueur. Il a joué dans les plus grands clubs du monde. Avoir ce joueur dans votre équipe est un grand plaisir, d’autant plus qu’il est venu à Adana pour rebondir et rejouer avec la sélection italienne.

 

ATS – Que pouvez-vous nous dire sur l’homme ?

K. R. J. – Moi je suis très proche de lui. A son arrivée au club dès notre premier contact, il s’est vite rapproché de moi parce qu’il parle français et anglais, comme moi avec Belhanda et Stambouli qui sont des francophones aussi. Le Mario qui est sur le terrain et en dehors est différent, dehors c’est un gars très sympathique qui aime discuter, très généreux, qui taquine tout le monde. Il est bien avec tout le monde. Sur le terrain vous pouvez tous constater son tempérament (rire).

 

ATS – Vous avez connu votre première sélection avec le Sénégal en mars 2021, est-ce une source de motivation pour vous ?

K. R. J. – Oui l’équipe nationale une très grande source de motivation, ma première sélection m’a permis de redoubler d’efforts.

 

ATS – Il existe une forte concurrence avec vos postes de prédilection en sélection, croyez-vous en vos chances de pouvoir vous imposer un jour ? 

K. R. J. – En équipe nationale il y a de très bons joueurs à mon poste. C’est une source de motivation pour bien travailler et intégrer à nouveau ce groupe.

Je crois à mes qualités de footballeur, j’ai la chance d’être polyvalent et de jouer souvent dans tous les compartiments de la défense et du milieu. Je suis  100% pied gauche et droit et je pense que la concurrence me fera progresser.

 

ATS – Votre polyvalence (vous jouez en défense central, milieu et parfois latéral), peut-elle vous aider à gagner une place en sélection ?

K. R. J. – C’est cette polyvalence et mes qualités qui me permettent de croire à mon retour en sélection, malgré cette forte concurrence.

 

ATS – Êtes-vous en contact avec le sélectionneur Aliou Cissé?

K. R. J. – Oui cela fait un moment qu’on ne s’est pas parlé, mais on garde contact.

 

ATS – Pensez-vous à la Coupe du Monde de 2022?

K. R. J. – Tout joueur rêve de jouer une Coupe du Monde avec sa sélection, maintenant il faut travailler et y croire.

 

ATS – Le Sénégal a-t-il les capacités pour aller loin dans cette compétition ?

K. R. J. – Le Sénégal s’est forgé un très grand respect en Afrique et dans le monde. Nos joueurs jouent dans les plus grands championnats du monde, donc on croit en nos chances pour le mondial.

 

ATS – Le fait d’être sacré champion d’Afrique d’avoir privé l’Égypte de mondial, ne fait-il pas du Sénégal l’une des équipes les plus attendues du tournoi ?

K. R. J. – Quand tu es champion d’Afrique devant l’équipe la plus titrée et que tu l’élimines en barrages du mondial, c’est normal qu’on soit attendu dans ce tournoi, d’autant plus que nos joueurs jouent dans les grands clubs du monde.

 

ATS – Les équipes africaines peuvent-elles créer la surprise pour ce mondial ?

K. R. J. – Oui les équipes africaines peuvent créer la surprise pour ce mondial en Afrique. Elles ont beaucoup progressé. Les 5 représentants africains ont tous joué 2 ou 3 fois la Coupe du Monde, donc ils connaissent les exigences de ce tournoi. Les joueurs jouent dans les grands championnats européens et dans les grands clubs aussi.

 

ATS – Dans quel club rêvez-vous d’évoluer un jour?

K. R. J. – Le Real Madrid est mon club de rêve.

 

ATS – Allez-vous rester ou changer de club à la fin de la saison ?

K. R. J. – On fera les comptes en fin de saison, on verra aussi de quoi l’avenir se fera. Mais j’aimerais jouer dans un très grand championnat peut-être ça sera cette année, si Dieu le veut.

 

ATS – Votre dernier mot ?

K. R. J. – C’est de continuer de bien travailler, faire une très bonne fin de saison avec Adana et pourquoi pas se qualifier en Europe et frapper encore les portes de l’équipe nationale avec l’aide de Dieu.


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