Afrique CAN 2019 : la communication confuse du Cameroun inquiète

Les ministres camerounais des sports (à gauche) etd e la communication (à droite)

Le Cameroun, pays désigné pour organiser la Coupe d’Afrique des nations senior de l’an 2019 accuse un grand retard dans la préparation dudit événement. La sonnette d’alarme tirée depuis quelques semaines par les médias locaux et la Confédération africaine de football fait bouger les choses de façon timide. Les autorités camerounaises privilégiant des discours qui en l’absence d’actes réellement concrets sur le terrain concrets ne convainquent pas grand-monde.

Il reste encore près de deux ans avant la prochaine édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football masculin senior mais l’événement occupe déjà les pensées et suscite un grand débat au Cameroun. Le sujet CAN est en permanence au devant de l’actualité depuis environ un mois. Ce qui préoccupe autant c’est l’impréparation du pays désigné pour accueillir le plus grand rendez-vous sportif du continent africain en 2019. A la suite de l’ancien footballeur international camerounais Patrick Mboma qui disait son inquiétude dans une interview, la presse locale a donné l’alerte. Ce qui a obligé les autorités du pays et la Fédération camerounaise à réagir. Des assurances ont été données au public inquiet. Mais celui-ci est devenu encore plus dubitatif après que le Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), réuni à Rabat (Maroc) le 20 juillet 2017 eut décidé de faire passer le nombre de pays participants à la CAN de 16 à 24 à partir de…2019.

Cela signifie en termes clairs que le cahier de charges du pays organisateur est revu à la hausse. La CAF exige désormais non plus 4 mais 6 sites de compétition. Il faudra aussi un plus grand nombre d’hôtels, d’infrastructures sanitaires, etc. C’est ici que les responsables camerounais perdent un peu plus le peuple de fans de foot qui attend que le Cameroun accueille une CAN depuis l’essai de 1972. On lui sert beaucoup de discours et quasiment pas d’actions concrètes pour un pays organisateur qui n’a pas encore dépassé les 20% de taux de réalisation des travaux en rapport avec la Coupe d’Afrique. Très souvent la communication est embrouillée. Une chose et son contraire peuvent y être dits.

Par exemple, le 21 juillet 2017, l’on entend le « président » de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT), Tombi à Roko, protester au micro de Radio France internationale contre les changements qu’impose la CAF à son pays. « Je pense que nous sommes quand même dans un monde de droit et que évidemment on ne va pas changer les règles du jeu encours. Pour moi la CAN de 2019 a été engagée dans sa phase organisationnelle. La phase éliminatoire a été engagée. Je pense que ce serait bien de rester dans le format qui a été engagé. Parce que ça peut avoir des conséquences au niveau juridique qui seront incalculables », déclare-t-il d’entrée de jeu.

Comme au tango
Puis on l’entendra tenir un autre discours quelques heures plus tard sur la même antenne. « Une CAN à 24 ne menace aucunement l’organisation camerounaise. Nous serons prêts. Aujourd’hui, nous avons une très bonne occasion de montrer aux yeux du monde entier que nous sommes un grand pays. Tombi à Roko Sidiki se contredit de nouveau le 7 août 2017.Dans une longue réponse à des propos du président de la CAF Ahmad Ahmad qui soutenait qu’en l’état actuel le Cameroun ne peut accueillir même un tournoi à quatre équipes, le chef de l’exécutif illégal qui trône à la tête de la FECAFOOT. Voici ce qu’il écrivait : « Il est difficile, après les propos sus-évoqués du Président de la CAF, de ne pas prêter attention aux rumeurs persistantes sur l’existence d’une conspiration visant à retirer au Cameroun l’organisation de la CAN 2019 au profit d’un autre pays : – il est en effet particulièrement curieux qu’il ait été décidé que les réformes récentes opérées dans l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de football, s’appliquent immédiatement pour la CAN 2019. Une telle situation, qui remet unilatéralement en cause le cahier de charges précédemment conclu entre le Cameroun et la CAF, équivaut à un changement des règles du jeu en cours de match. Pourtant, une jurisprudence constante veut que les modifications dans le déroulement d’une compétition ne s’appliquent pas à celle devant être organisée immédiatement après leur adoption. A titre d’exemple, la décision du Conseil de la FIFA de changer le format de la Coupe du Monde, passant de 32 à 48 équipes, ne s’appliquera ni à la Russie en 2018, ni au Qatar en 2022 ».

Il rejoint là son éternel et virulent opposant Abdouraman Hamadou Babba. Celui-là à qui il contestait le 28 juillet 2017 le droit de formuler les mêmes plaintes auprès du Tribunal arbitral du sport en ces termes : « Il nous est revenu que Monsieur Abdouraman Hamadou Babba, prétendant agir au nom d’Etoile Filante de Garoua, membre de la Fédération camerounaise de football, a saisi le Tribunal arbitral du sport en vue de l’annulation de la décision du 20 juillet du Comité exécutif d la CAF qui fait passer de 16 à 24 le nombre d’équipes devant participer à la Coupe d’Afrique des nations Cameroun 2019. La Fédération camerounaise de football représentée par son président Tombi à Roko, de concert avec le gouvernement de la République, réaffirme sa volonté de respecter cette décision du comité exécutif de la Caf ».

La partition du gouvernement peut étonner ceux qui ont soif d’actes concrets. Le ministre des sports et de l’éducation physique Pierre Ismael Bidoung Mkpatt parle presque autant que son collègue de la communication Issa Tchiroma Bakary ces jours-ci. Le 17 juillet 2017 pour taire les inquiétudes qui assaillent ses compatriotes organise dans la capitale Yaoundé une conférence de presse au cours de laquelle il promet que le Cameroun organisera bien sa CAN en dépit du retard. Pourtant pas grand-chose ne bouge sur le terrain. Les travaux avancent avec peine sur les chantiers des complexes sportifs de Japoma (à Douala) et Olembé (à Yaoundé). Le vétuste stade de la Réunification de Douala visité par des experts canadiens le 11 juillet 2017 attend toujours à l’instar des autres infrastructures de la capitale économique parcourues ce jour-là attend toujours ses premiers coups de marteau.

Beaucoup de discours, peu d’actes
Même le changement imposé le 20 juillet par la Caf ne fait pas accélérer les choses. Bidoung Mkpatt revient devant la presse le 4 août 2017. Accompagné de son collègue de la communication Issa Tchiroma Bakary, il réitère que le Cameroun sera prêt et dit le gouvernement disposé à remplir le nouveau cahier de charges. Il exprime la reconnaissance du Cameroun à la Confédération africaine de football. « Je voudrais insister d’abord sur le devoir de reconnaissance. C’est un nombre important de pays africains qui veulent organiser la CAN. Ce qui est légitime. C’est de haute lutte, avec l’implication du Chef de l’Etat, que le Cameroun a pu bénéficier de l’attribution de la CAN « Cameroun 2019 ». C’est une victoire diplomatique et sportive. Après avoir réussi cet exploit, nous devons être reconnaissant à l’égard de la CAF qui a attribué cet évènement prestigieux à notre pays », déclare-t-il. L’on imagine que le ministre camerounais va tomber des nues plusieurs heures après lorsque l’on lui rapportera les propos tenus par le président de la Caf au sujet du Cameroun… La sortie du Malgache a le don d’irriter les officiels camerounais. Au communiqué incisif de Tombi àRoko succèdent des appels au patriotisme des Camerounais formulés notamment par le ministre en charge des sports. Dans la journée du 08 août 2017, les médias d’Etat consacrent des dossiers dans lesquels les journalistes s’insurgent contre la Caf et claironnent que le Cameroun pourra organiser sa Coupe sans problèmes.

Des reportages qui ne montrent pas une évolution significative des préparatifs sur le terrain sont diffusés. Même Issa Hayatou, le précédent dirigeant de la Caf sort du silence dans lequel il s’était muré depuis sa défaite contre Ahmad Ahmad. « Il faut venir d’abord constater avant de sortir ce qu’il (Ahmad) a sorti. A l’heure actuelle, le Cameroun a déjà cinq stades, on ne parle pas de ceux qui sont en train d’être construits. Personne ne peut dire que le Cameroun n’a rien fait. On peut compter le nombre de pays qui ont ce que nous avons là. Nous sommes en avance », répond-t-il à son tombeur.Le Cameroun répond aussi par des instructions aux gouverneurs de régions qui doivent s’assurer que la préparation à la Can se déroule sans anicroche. Les ambassades du pays à l’étranger reçoivent du ministère des relations extérieures l’ordre de faire savoir au monde entier que le Cameroun prépare bien sa CAN. L’on annonce la passation des marchés en rapport avec l’événement de 2019. Il s’en trouve pour se réjouir de la tournure que prennent les choses. Pour ceux-là les déclarations d’Ahmad Ahmad ont réveillé les autorités camerounaises endormies depuis l’attribution de la 32ème CAN au Cameroun. 3 ans et demi plus tard elles vont tenter de sauver l’essentiel. Ou plutôt sauver les apparences.

Pierre Arnaud Ntchapda

Publié par Steven LAVON pour Africa Top Sports

Rédacteur en chef à Africa Top Sports. Premier portail sportif Africain. http://www.africatopsports.com